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Les chevilles ouvrières du suprématisme blanc

mardi 25 février 2020 par Coordination nationale de l’UJFP

La peste brune se porte bien. Après les attaques contre les mosquées de Christchurch et de Bayonne, et contre les synagogues de Pittsburg et de Halle, voilà qu’un terroriste se réclamant du suprématisme blanc cible des bars à chicha à Hanau, fauchant neuf vies (des « enfants de la ville », comme le précisaient les familles des victimes, d’origine kurde, turque, bosniaque et rrom).

Il faudrait faire preuve d’une mauvaise foi affligeante pour y voir des actes isolés. Ces attentats, au contraire, font système. Ils s’inscrivent dans une logique implacable d’apartheid et de déshumanisation des membres non blancs et non chrétiens du monde occidental, considérés comme autant de corps étrangers à éliminer. Cette logique, si elle trouve sa source dans les bas-fonds idéologiques de l’extrême-droite, n’aurait jamais pu s’extraire de la marginalité dans laquelle elle était confinée depuis l’effondrement du nazisme et des empires coloniaux sans l’aide précieuse de relais politiques et médiatiques néolibéraux qui n’ont eu de cesse d’œuvrer à sa légitimation.

En France, nous ne sommes pas en reste. L’actualité récente fourmille d’exemples de grands démocrates – éditorialistes, essayistes ou politiciens sans vergogne – qui nourrissent la bête immonde, rendant sa langue intelligible, légitime et indispensable. Souvenons-nous de l’affaire Nick Conrad, montée en épingle pendant plusieurs semaines sur tous les plateaux de télévision. Les cris d’orfraie des dominants, hurlant à l’assassinat de la République, couvraient la voix du jeune artiste noir qui avait osé jouer avec la violence négrophobe en la retournant contre ses pourvoyeurs. N’oublions pas l’assurance avec laquelle le ministre Blanquer avait fait fi de tous les principes de la laïcité en déclarant que, selon lui, « le voile n’était pas souhaitable dans notre société ». N’omettons pas non plus que l’inénarrable Finkielkraut dispose toujours de son créneau hebdomadaire sur France Culture après avoir discuté dans le plus grand sérieux les fondements théoriques des thèses nauséabondes du « grand remplacement » et du « bouclier et de l’épée ». Et ne regardons pas ailleurs lorsqu’à l’approche des élections municipales, la macronie fragilisée tente désespérément d’orienter le débat public vers le « communautarisme séparatiste », ajoutant un jeton supplémentaire dans le juke-box de l’islamophobie d’État, pour contenir la sanction des urnes et s’accrocher au pouvoir.

Partout dans le monde occidental secoué par des vagues d’indignation nourries par le creusement des inégalités économiques et sociales, la diversion vers les vieilles lunes du suprématisme blanc constitue la seule réponse des classes dirigeantes. Et si elles n’en sont pas à l’origine, elles laissent libre cours aux expressions populaires qui les mobilisent, menaçant au passage la cohésion sociale et la dignité de centaines de milliers de personnes plutôt que les privilèges des puissants – les autres étant violemment réprimées. En témoigne l’approbation tacite accordée par les autorités belges aux festivaliers du carnaval d’Alost grimés en « nègres sauvages » assoiffés de sang, en « youpins insectes » susceptibles et machiavéliques ou en officiers SS aux bottes étincelantes.

Ne nous voilons pas la face. Tous ces éléments, aussi divers soient-ils en apparence, participent de la légitimation du suprématisme blanc. Ils en sont les chevilles ouvrières. Tout autant, si ce n’est plus, que les partis d’extrême-droite en quête de dédiabolisation. Ils nourrissent la libération et l’explosion de la violence raciste qui peut frapper n’importe où et à tout moment. Le sang versé leur souille les mains d’une manière indélébile et de moins en moins invisible. Plus l’antiracisme politique progressera, plus les liaisons dangereuses des classes dirigeantes avec le suprématisme blanc seront exposées et difficiles à maintenir.

L’UJFP s’engage de toutes ses forces dans le développement de l’antiracisme politique, car nous ne savons que trop bien qu’en définitive, il s’agit d’une question de vie ou de mort.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 25 février 2020


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