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Visite de Yad Vashem avec Yahav Zohar

dimanche 26 avril 2020 par Nicole LEFEUVRE

Par Nicole Lefeuvre.

Cette visite a eu lieu le 1er mars 2020.
Yahav est guide alternatif israélien, membre de Zochrot et de De-colonizer.

Ce compte-rendu provient de mes réflexions quand il est dit « je » il s’agit de moi, de mes notes prises sur le champ et de la traduction de Joan une de nos valeureuses accompagnatrices du voyage avec l’Institut de Recherche Territoire Démocratique (iRDT) [1].

Une récupération politique de l’holocauste
Agir contre les « tyrans de Téhéran » afin d’éviter « une autre Shoah »

Voilà comment le 1er ministre Benjamin Netanyahu n’avait pas manqué d’interpeller ses invités, soutenu par son allié des E.-U., le vice-président Mike Pence. Les médias français nous en ont bien informés ; C’était à Yad Vashem, ce 23 Janvier 2020 pour les 75 ans de la libération du camp d’Auschwitz, devant un parterre d’une quarantaine d’invités politiciens de marque. Cette collision avec la Commémoration n’a pas manqué de scandaliser le Président Macron, le Prince Charles. Ils ont su l’insérer dans leur discours.

Benjamin Netanyahu est un tenant du fait.

Yahav ressemble à un des ces enfants aux yeux écarquillés, l’air constamment étonné avec tout un questionnement qui bouillonne derrière le front.
Avant d’entrer au mémorial, il se présente.
Après avoir été guide du musée pendant dix ans il a quitté son poste de guide classique s’étant rendu compte de :

- L’instrumentalisation à des fins politiques de l’Histoire de la Shoah parce que Netanyahu a toujours traité par le mépris l’opposition de Yad Vashem à son instrumentalisation politicienne ou diplomatique de l’histoire de la Shoah
- À cause de l’emplacement du musée encore non dite mais place symbolique
- À cause de l’histoire palestinienne non traitée

Yad Vashem : le tombeau pour ceux qui n’en ont pas

Je suis très impressionnée par l’architecture du bâtiment en béton brut, triangulaire en forme de prisme. Un couloir axial constitue la base et une verrière le sommet. Ce long couloir paraît obscur, laisse entrevoir au loin une bouche de lumière naturelle. En somme, un cordon ombilical qui s’étrangle et s’ouvre enfin vers la vie.

Personne ne peut aller au bout d’un coup en courant. Le couloir est coupé aux moments clé de l’avancée chronologique de l’histoire de la Shoah. Nous devons avancer en chicane par des espaces-galeries de part et d’autre de cet axe.

Dix heures pour parcourir le musée dans son entier

Yahav nous dit qu’il faudrait 10 h pour le parcourir. De la préparation du crime imaginé par Hitler, en passant par les affiches caricaturales du Juif bouc émissaire de la propagande nazie, à la propagation de l’ordre de tuer et sa mise à exécution de plus en plus radicale et massive.

Et aussi en étant attentif-ve-s à chaque témoignage, qu’il provienne des survivants, des objets retrouvés dans les vêtements, d’un vitrail de synagogue, des maquettes représentant l’organisation des camps quand tout fut détruit.

Souviens-toi

Je garde en mémoire cette grande représentation picturale. Nos yeux sont au niveau d’une énorme quantité de vêtements représentés là d’une façon réaliste. Déposés en pleine campagne devant un ravin. Cet amoncellement d’habits m’interrogeait dans ce paysage.
Ce lieu c’est Babi Yar à Kiev, nous dit Yahav. Tous les juifs de la ville étaient venus à ce rendez-vous macabre ne pensant pas à mal. Sommés de se déshabiller avant d’être exécutés par 4 pelotons. Les 29 et 30 Septembre 1941, 33.721 personnes sont tombées dans ce ravin. C’est ce qu’on appelle « l’holocauste par balles ».

La folie meurtrière de l’ordre donné s’est répercutée sur les exécutants nazis devenus drogués, alcooliques, fous dont plusieurs furent déclarés inaptes à se présenter devant un tribunal.

Jusqu’à 100.000 juifs ukrainiens et polonais et des tziganes furent exécutés jusqu’en 1943 dans ce lieu de sinistre mémoire.
Un peu plus loin, un petit espace est réservé à la Hongrie d’où vient ma famille maternelle. J’ y reste un peu plus longtemps.

La salle des noms

Après avoir cheminé pendant une heure d’enfilades en galeries de droite et de gauche. Nous arrivons à la dernière salle.
Cet espace présente d’abord une rotonde sombre d’un large diamètre. Une ceinture de prière nous entoure le long du mur, plus haut et plus bas que nous.

Elle est faite d’une multitude de dossiers noirs appelés » Yizkor « (c’est la prière du souvenir des morts). Chaque victime est commémorée. Chaque dossier abrite noms et notices biographiques. Une large allée intérieure permet d’en faire le tour.
En son centre s’élève une forme de dôme très éclairé par un puits de lumière. De bas en haut la paroi du dôme est décorée de photos de visages de toutes grandeurs. Visages souriants, attachants, de l’enfant au vieillard et de diverses nationalités….

En allant vers la sortie de la rotonde, je me suis trouvée en face du dossier WEI. C’est le dossier dans lequel se trouve le nom de Janosh Weisz, 19 ans, déporté à Auschwitz-Birkenau, cousin direct de ma mère. C’est alors qu’une femme s’est prise à chanter la prière du souvenir.

Le Clair-Obscur

Le couloir central se relève légèrement et s’élargit. Plus d’obstacles pour aller au bout. Je ne me souviens pas de vitre, une petite balustrade. Le regard plonge dans la vallée et s’élève vers les collines au loin. C’est un éblouissement. L’air frais printanier caresse les visages. La lumière est radieuse.
Le message est : Le peuple sort du tunnel, la lumière c’est Israël.

Notre guide se charge d’éteindre la lumière.

Yahav balaie d’un large mouvement de son bras toute la vallée qui s’ouvre sur l’Ouest de Jérusalem. De l’autre côté du ravin forestier des centaines de villages ont été détruits sans presque laisser de traces, sauf dans les mémoires palestiniennes, les dessins et les cartes topographiques d’avancée de la colonisation d’année en année, dont le village de Deir Yassin est un des plus documentés.

Une histoire palestinienne non traitée

Pour lui le message est mensonger tant que l’histoire est sélective. Ceux-là même qui étaient les survivants de l’holocauste déplacent les populations. C’est la logique de « la fin justifie les moyens » : Un homme saute d’un immeuble en feu et tombe sur un autre homme et la bataille commence. Les palestiniens ne sont pas responsables de l’holocauste.

Nous sortons. Yahav fait partager sa prise de conscience, il brosse l’histoire de l’occupation israélienne qui se perpétue : Démocratie pour ses citoyens juifs. Dictature militaire pour le reste des citoyens. Deux types de sécurité : La loi ‘normale’ pour les juifs israéliens. La loi martiale pour les palestiniens.

Israël, dit-il, est le seul pays au monde à avoir le droit de vendre des armes partout : au Rwanda, en Birmanie. Nous vendons des armes à toutes les dictatures. On ne peut pas se raconter ce qu’on est entrain de faire. On est enfermés dans une énergie de déni extraordinaire. On est emprisonnés dans un cercle vicieux.

Dire une histoire et pas l’autre. C’est un problème.

Le musée est construit sur un village détruit en 1948. Zochrot demande sans cesse qu’un mini-panneau commémore le village. A Yad Vashem, on ne parle que des juifs. Les citoyens, les diplomates, les militaires n’entendent que cette histoire. Nous entretenons le trauma. Nous nous agrippons à ce statut victimaire. Avec De-Colonizer nous ne faisons pas de comparaison, nous faisons des connexions. Pourquoi infliger cette souffrance à autrui ? Comment faire pour briser ce cercle vicieux ?

Pour renforcer ce que dit Yahav. J’ai lu qu’un rescapé de la Shoah, Yehouda ElKanna, avait écrit un article dans Haaretz en Mars 1988 où il expliquait que le souvenir ressassé de la Shoah « le monde entier est contre nous » finit par justifier la politique de force, pour nous défendre « tout est justifié ».

L’histoire qu’on ne raconte pas nuit aux Israéliens

Yahav continue. Les historiens professionnels disent d’apprendre de l’histoire pour ne pas la répéter.
Le travail des nouveaux historiens n’est pas enseigné, ni présent dans les discours officiels. En Israël aujourd’hui l’histoire est encore écrite par les vainqueurs.

Engagement

Notre guide alternatif est membre des Associations Zochrot et De-colonizer.

Chaque année, le 9 Avril, ils organisent la visite du site de Deir Yassin avec les enfants des anciens de ces villages. Nous avons dit-il l’autorisation de la municipalité d’extrême droite de Jérusalem de marcher à une centaine en portant les panneaux des noms des assassinés palestiniens. Par contre nous n’avons pas l’autorisation de laisser les panneaux sur place.

Yahav fait vivre ses convictions pour faire connaître leur histoire aux Israéliens.

Les autres actions de De-Colonizer et de Zochrot.

[1Ce voyage d’étude avait pour but de découvrir et s’ approprier la situation géopolitique du Proche-Orient


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