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"Provocation gratuite" : un enregistrement met la lumière sur "une politique pourrie"

mardi 31 décembre 2019 par Nir Hasson

Par Nir Hasson, Haaretz.

Au cours d’un enregistrement vidéo, des policiers se plaignent des opérations menées dans le quartier d’Issawiya à Jérusalem-est qui ne « provoquent que des problèmes supplémentaires ».

Des officiers de police israéliens postés dans le quartier palestinien d’Issawiya à Jérusalem-est ont été filmés en train de dénoncer l’inefficacité de leur opération en cours dans le quartier, si ce n’est pour provoquer délibérément les habitants.

L’enregistrement diffusé devant un tribunal israélien lors de l’audition d’un habitant accusé d’avoir jeté des pierres, montre un policier qui interpelle un de ses collègues : « C’est vraiment de la provocation pour rien. Pourquoi le faire exprès ? »

Pendant tout l’été, la police du district de Jérusalem a mené des raids quotidiens à Issawiya, pénétrant ce quartier de Jérusalem-est dans l’après-midi, installant des barrages routiers et arrêtant les automobilistes et les passants pour des inspections avant de revenir en pleine nuit pour arrêter des habitants.

Plus de 350 d’entre eux ont été appréhendés, dont 11 au petit matin le dimanche, des charges ont été retenues contre seulement 10. Les habitants estiment que les descentes de police ne sont menées que pour les provoquer et déclencher l’escalade de la violence. Ils soulignent qu’il n’y a pas d’autres jets de pierres dans le quartier avant ou pendant les raids que ceux qui visent les patrouilles qui pénètrent dans le quartier.

On peut entendre des protestations assez similaires au cours d’un enregistrement réalisé en avril et que Haaretz s’est procuré, quelques semaines avant l’intensification des opérations de police dans le quartier. Ces images proviennent d’une caméra embarquée – que les soldats portent sur eux ; elles ont été prises dans la rue principale du quartier, à proximité de la plus grande mosquée d’Issawiya.

Les policiers dont on entend les commentaires sont postés près de l’édifice religieux pendant des heures. On voit à plusieurs reprises l’un ou l’autre soldat lever son arme comme s’il était censé viser des résidents qu’on aperçoit à l’arrière-plan. Beaucoup de piétons et de véhicules passent à côté du policier sans s’en approcher.

L’enregistrement donne à entendre les policiers discuter entre eux de la finalité de l’opération qu’ils sont en train de mener. « C’est vraiment de la provocation pour rien », remarque l’un d’eux. Le second acquiesce. « Pourquoi faire ça exprès ? », continue le premier. « Notre politique est pourrie depuis le début », rétorque le deuxième. « Laissons les vivre. On les provoque pour rien. »

Quelques minutes plus tard, le premier s’adresse à un troisième : « J’ai une question à te poser. N’est-ce pas que ce qu’on fait est en train de faire qui cause encore plus de problèmes ? » « C’est le but », lui répond-il.
Plus tard, on entend deux soldats minimiser le danger que représentent les jets de pierres. L’un deux souligne que ce n’est pas une attaque terroriste. « Ce sont juste des pierres, c’est un jeu pour eux. Ils ne les lancent pas pour faire mal. »

La vidéo a été diffusée pendant l’audition d’Abdallah Mustafa, accusé d’avoir jeté des pierres sur les policiers ce même jour. L’avocat de M.Mustafa a plaidé pour une réduction de peine, compte tenu des commentaires entendus sur l’enregistrement.

Il note que ces remarques sont faites par des policiers eux-mêmes, pas par des habitants ou des membres de B’Tselem, même pas par le journaliste de Haaretz Gideon Levy, ni par personne d’autre. Ces policiers sont membres de la police des frontières, a souligné l’avocat.

Nous voyons bien qu’il n’y a aucun besoin opérationnel à se comporter de la sorte, à harceler les habitants, à effrayer les enfants. Comment peut-on se tenir debout face à un enfant en pointant son arme sur lui ? Dans un pays de loi, la perturbation délibérée de leurs vies doit cesser. Comment ? En appliquant la loi, grâce à des déclarations courageuses des tribunaux.

La police a fermement rejeté l’affirmation selon laquelle ces opérations avaient été menées à des fins de harcèlement. Le véritable objectif est de « préserver l’ordre public et faire respecter la loi à tout moment et en tout lieu », ont-ils déclaré.

Le procureur dans le dossier Mustafa a déclaré à la cour que les officiers de police entendus sur la vidéo se sont trompés : « Il n’y a aucune raison de prendre au sérieux une déclaration momentanée d’un témoin qui s’est rétracté par la suite. Tout comme les pensées des accusés ne sont pas punies, il en va de même pour les policiers dont la langue a fourché ».

Le juge a entendu en partie la plaidoirie de la défense en affirmant qu’il considérerait le contenu de la vidéo au moment de délibérer. Abdallah Mustafa a finalement été condamné à sept mois et demi de prison, ce qui est relativement indulgent dans un tel dossier, parce qu’il avait déjà été condamné pour des faits similaires.

Cela fait des mois que les habitants d’Issawiya dénoncent des opérations de police menées pour les harceler, pour perturber leurs vies, pour leur infliger un châtiment collectif et leur mettre la pression. Depuis des années, des témoignages s’accumulent qui montrent que la police de Jérusalem agit pour faire augmenter la tension.

Dans la série diffusée par la chaîne Kan, « Jerusalem District », un officier, Erez Hazan, qu’on voit dans une scène pour laquelle une arme a été cachée dans une maison du quartier, explique : « On est en train d’appliquer la procédure. On commence par faire pression à l’entrée et à la sortie du quartier pour donner à quelqu’un l’occasion de commettre une erreur. »

Après que Haaretz a révélé que l’arme en question avait été délibérément dissimulée dans la maison de Samar Sleiman, la chaîne Kan a annulé la diffusion de la série et tous ses épisodes ont disparu de son site.

En 2017, un bus entier de policiers habillés en soldats avait été envoyé dans le quartier d’Issawiya pour provoquer des jets de pierres et arrêter leurs auteurs.

Un mineur avait alors été condamné à 19 mois de prison.

Traduit de l’anglais (original) par l’AFPS.


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