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Sionisme et antisionisme

dimanche 6 octobre 2019 par Pierre Stambul

Par Pierre Stambul [1].

Trois thèmes ont été examinés et débattus.

Thème 1

On ne peut pas réduire la définition du sionisme à une seule notion, sinon on perd la cohérence.

– Le sionisme est une réponse à l’antisémitisme, mais c’est la pire réponse. C’est une théorie de la séparation qui a affirmé il y a plus de 120 ans que Juifs et non Juifs ne peuvent pas vivre ensemble, ni dans le pays d’origine, ni dans le futur État juif. Imaginons que les Roms qui sont les plus discriminés en Europe exigent un État comme solution face au racisme qu’ils subissent, on comprend bien qu’une telle idée est soit absurde, soit productrice de guerre.

– Le sionisme est un colonialisme. Il se différencie par exemple du colonialisme français au Maghreb. Il ne vise pas à exploiter le peuple colonisé, mais à l’expulser et à le remplacer. En ce sens, le nettoyage ethnique de 1948 a été prémédité dès le début de la colonisation sioniste. L’idée de « transfert » a été hégémonique chez les dirigeant sionistes dès le début du mandat britannique.

– Le sionisme prétend être un « mouvement de libération nationale ». Ce nationalisme a imité les nationalismes européens qui apparaissent dans la deuxième moitié du XIXème siècle avec l’idée simpliste et meurtrière « un peuple = un État ». Ce nationalisme a inventé le peuple, la langue et la terre. Il y a des peuples juifs (séfarade, judéo-arabe, yiddish, judéo-yéménite …) mais dire qu’un juif lituanien et un juif yéménite appartiennent au même peuple, c’est une construction idéologique. Il y avait des langues juives (ladino, judéo-arabe, yiddish …) mais l’hébreu était la langue sacrée réservée à un usage religieux. Enfin les Juifs laïques recherchaient l’égalité des droits là où ils vivaient et, pour les Juifs religieux, le retour en terre sainte avant l’arrivée du Messie était interdit.

– Le « roman national » sioniste repose sur l’idée de l’exil et du retour. Il n’y a pas le moindre indice historique que les Juifs aient été « exilés » au moment de la destruction du deuxième temple (70 ap JC). Les Juifs d’aujourd’hui sont essentiellement des descendants de convertis de différentes époques et de différentes régions. Et les descendants des Judéens de l’Antiquité sont essentiellement les Palestiniens. Quand bien même les Juifs d’aujourd’hui descendraient des anciens habitants de Judée, si tout groupe descendant d’habitants d’une région 2 000 ans auparavant revendiquait cette région et en expulsait les autochtones, ce serait la guerre généralisée.

– Le sionisme est une idéologie qui, dès le départ, a été complice de l’antisémitisme. Déjà, Theodor Herzl expliquait aux dirigeants antisémites européens de l’époque qu’eux et lui avaient le même intérêt : qu’un maximum de Juifs quittent l’Europe. Le sionisme a eu pour but de transformer le Juif « paria asiatique inassimilable » pour les antisémites (le concept vient de Hannah Arendt) en colon européen en Asie.

– Le sionisme a installé un morceau d’Occident au cœur du Proche-Orient. Depuis 1967, l’État sioniste est totalement lié à l’impérialisme américain. Cet État est devenu l’élève modèle de « la guerre du bien contre le mal » chère à l’ancien président George Bush qui désigne les Arabes et les Musulmans comme des barbares.

– Le sionisme est une idéologie négationniste vis-à-vis de l’existence, de la dignité et des droits du peuple palestinien. Pour Golda Meir, les Palestiniens, ça n’existait pas. Aujourd’hui les dirigeants sionistes minimisent le fait que l’antisémitisme a été essentiellement européen et ils prétendent que l’antisémitisme vient des musulmans. Conséquence du négationnisme vis-à-vis des Palestiniens : le sionisme a réalisé la fragmentation de la Palestine en autant de statuts différents de domination.

Thème 2

Les Juifs qui sont venus en Palestine ne sont pas tous venus pour expulser les Palestiniens.

D’abord, dès que l’antisémitisme a commencé à chasser vers l’Ouest les Juifs, leur destination a été essentiellement l’Amérique du Nord et un peu l’Europe de l’Ouest ou l’Argentine. Il ne fait pas de doute que, si les frontières étaient restées ouvertes, l’État d’Israël n’aurait pas existé, faute d’immigrants.

Beaucoup de Juifs sont arrivés en Palestine, faute d’autre alternative.
Le colonisateur britannique avait donné au Yichouv, c’est-à-dire aux implantations juives en Palestine une très grande autonomie. Le syndicat sioniste Histadrout avait fondé toutes les institutions qui ont dépossédé les Palestiniens de leur propre pays (banque Hapoalim, compagnie de bus Egged, compagnie des eaux Mekorot, compagnie de transport Zim, l’armée Hagana …).

Et pourtant, aux élections syndicales de 1944, la liste « pour un État binational » obtient 45 % des voix. Quatre ans avant la Nakba, près d’un futur Israélien sur deux ne voulait pas jeter les Palestiniens à la mer. Ce courant disparaîtra politiquement dès les premiers coups de feu de la guerre de 1948.
Il n’empêche : il ne faut pas confondre les gens et l’idéologie sioniste. Celle-ci avait prémédité le nettoyage ethnique des décennies avant.

Thème 3

Dans le mouvement de solidarité, les réponses sont souvent très mauvaises quand on nous lance : « alors vous voulez détruire Israël ? Vous niez sa légitimité ? Son existence ? »

On doit répondre très clairement que la création de l’État d’Israël est inséparable d’un crime prémédité, la Nakba. Celle-ci n’est pas et ne sera jamais légitime.

Israël s’est créé comme État juif, ce qui a signifié d’entrée des discriminations contre les non Juifs. Situation aggravée en 2018 par le vote « d’Israël, État - Nation du peuple juif. »

Un État ne peut être que celui de tous ses citoyens. Il ne peut pas être lié à une religion, une ethnie ou une identité supposée. L’État juif est illégitime. Un État musulman aussi.

Le mot « détruire » est associé à la destruction des Juifs d’Europe. Il vaut mieux parler de démantèlement de l’État d’Israël. Une paix juste signifie que tous les habitants de cette région auront les mêmes droits, ce qui est incompatible avec le sionisme et la structure d’Israël.

« Alors, vous voulez jeter les Juifs à la mer ? »

C’est l’inverse. C’est le sionisme, en affirmant que les Juifs doivent être séparés du reste de l’humanité, en expulsant ou en écrasant le peuple palestinien, qui met sciemment les Juifs en danger.

Rappelons-nous qu’en Afrique du Sud, c’est l’abolition de l’apartheid qui a permis aux Blancs de rester. Et qu’en Algérie au contraire, c’est l’OAS qui a créé les conditions du départ massif des Européens.

La condition pour que, à terme, les Juifs israéliens puissent vivre dans cette région du monde, c’est le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ». Le suprémacisme actuel mène à une guerre illimitée qui n’offre aucun avenir, y compris pour les Juifs.

Cessons d’apparaître coupables quand on nous pose ces questions.

Cet article est la version réécrite de l’intervention de Pierre Stambul aux Journées de Printemps 2019 de l’UJFP, à voir sur notre chaîne youtube.

[1Cet article est la version réécrite de l’intervention de Pierre Stambul aux Journées de Printemps 2019 de l’UJFP, à voir sur notre chaîne youtube


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