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Intervention de Saïd Bouamama pour le FUIQP à l’hommage pour les victimes de l’attentat du suprématiste blanc à Christchurch

mardi 2 avril 2019 par Saïd Bouamama

22 mars 2019

Chers ami-es, Sœurs et frères ,Camarades, Musulmans, juifs, catholiques, protestants, bouddhistes et adeptes des autres religions, Croyants, agnostiques et athé-es

Nous voici réunis une nouvelle fois par l’émotion, la douleur et l’écœurement face à l’ignoble, Nous voici une nouvelle fois communément endeuillé par la « bête immonde » dont « le ventre est encore fécond » comme le disait Berthold Brecht, Nous voici une nouvelle fois rassemblés par la colère, la détermination et la volonté d’action commune contre l’ignominie, Nous sommes enfin ensemble ce soir liés par la commune volonté de s’attaquer aux causes qui produisent ces « fruits étranges » du racisme pour reprendre l’expression du poète communiste juif états-uniens Abel Meeropol rendu célèbre par la célèbre chanson de Billie Holliday : « strange fruit. »

Oui il est possible et nécessaire de faire reculer le racisme sous toutes ses formes et quels que soient ses cibles. Nous ne sommes pas face à une malédiction devant laquelle nous serions impuissants ;Nous ne sommes pas plus devant un drame sans causes renvoyant à la simple folie d’une personne ; Nous ne sommes pas enfin devant une abomination inédite, sans précédents, sans signes annonciateurs, sans alertes ou sans signaux de danger. Nous pouvons à propos du racisme en général et de l’islamophobie en particulier paraphraser le message au monde de Mandela à propos de la pauvreté : « le racisme en général et l’islamophobie en particulier ne sont pas un accident. Comme l’esclavage et l’apartheid, ils ont été faits par l’homme et peuvent être supprimés par des actions communes de l’humanité »

Que nous ne soyons pas en présence d’un accident, le tueur de Christchurch le développe explicitement dans l’exposé de ses motivations. Comme nous le savons tous, avant de perpétrer son massacre, le criminel a publié un « manifeste » de plusieurs dizaines de pages ayant pour titre significatif » : « le grand remplacement ». Il y évoque la France et sa supposée « invasion » par les « non blancs ».
Cette simple référence souligne la responsabilité particulière des habitants de France dans le combat à mener contre cette forme spécifique du racisme qu’est l’islamophobie. Cette référence souligne que le crime odieux a aussi une de ses principales racines en France. Cette thèse du grand remplacement a, en effet, été formalisée en 2011 par l’écrivain français Renaud Camus dans son livre également intitulé « le grand remplacement » ; Cette théorisation raciste a été reprise sous de multiples formes par toutes la galaxie d’extrême-droite ; Cet argumentaire islamophobe a été diffusée à longueur d’antenne par les plateaux ouverts et les micros tendus aux Finkielkraut et autres Zemmour ;

Dans une société déstabilisée par la pauvreté, la précarité et l’impossible projection dans l’avenir, le fruit logique, inéluctable et cohérent de ce paradigme est double. Le premier fruit du grand remplacement est la production d’un climat angoissant, d’une atmosphère apocalyptique, d’une ambiance de dangerosité immédiate suscitant des volontés d’agir c’est-à-dire des passages à l’acte individuel ou collectif. Le second fruit du grand remplacement est la construction de cibles constituées des pseudo-envahisseurs : les Roms, les juifs, les musulmans et les noirs. C’est la raison pour laquelle la romophobie, la négrophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie constituent les visages contemporains du racisme qu’il convient de combattre tels quels et non par un discours abstrait et général sur le racisme. Si la responsabilité de l’extrême-droite française est indéniable, elle n’est pas la seule à être impliquée dans la création du contexte dans lequel murissent les visages et formes contemporains du racisme.

Concernant l’islamophobie qui nous endeuille aujourd’hui, nous ne pouvons pas ne pas faire le lien avec la multitude des débats politiques et médiatiques qui ont contribué à construire l’islam et les musulmans en figure du danger, en visage de la menace, en symbole de l’ennemi à combattre, en « ennemi de l’intérieur » pour la république, la laïcité, le droit des femmes, la civilité dans nos quartiers, etc. Des débats sur le voile à l’école, à celui sur le Burkini sur les plages, celui sur la viande hallal dans les établissements scolaires ou sur le dit « hijab de running » récemment, la récurrence, la régularité et la répétition produisent l’effet attendu c’est à dire une perception de l’islam et des musulmans au mieux comme réalités étrangères à la société française et au pire comme réalités dangereuse pour cette même société. Il suffit de se remémorer quelques une des « Unes » de grands hebdomadaires pour se convaincre que le développement de l’islamophobie n’est ni un accident, ni un résultat surprenant :

Depuis des décennies se réunissent donc les conditions d’une logique mortifère porteuse de tous les dangers de passage à l’acte. L’action commune au-delà de nos sensibilités, différences et même divergences doit primer si nous voulons freiner puis faire reculer cette « bête immonde ».

La diversité des appelants à notre rassemblement démontre que cela est possible. Rappelons-les :

FUIQP (Front Uni des immigrations et des Quartiers Populaires), Comité Vérité et Justice pour Adama, UJFP (Union Juive Française pour la Paix), ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France), Voie Démocratique Paris-Est, CEDETIM, AMDH - Paris/ IDF (Association Marocaine des Droits Humains), Femmes Plurielles, Collectif de Défense des Jeunes du Mantois, Action Antifasciste Paris Banlieue, QITOKO, PIR (Parti des Indigènes de la République, La Révolution Est En Marche, PSM (Participation et Spiritualité Musulmanes), Identité Plurielle, Alternative Libertaire, Saint-Jacques Clermont-Ferrand, ATTAC, Fondation Copernic, Lallab, CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France), La chapelle debout, NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste, Le temps des lilas, AFD International, Filles et Fils de la République, Ensemble !, ACORT (Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie), Cercle des Enseignant.e.s Laïques (CEL), Vendredi Ménilmontant, Brigade Anti Négrophobie (BAN), Union syndicale Solidaires, Collectif UAP 31, Union Nationale des Étudiants de France (UNEF), Musulmans et végétariens, Union des Démocrates Musulmans de France (UDMF), Parti Antispéciste Citoyen pour la Transparence et l’Ethique (PACTE), Urgence Notre Police Assassine (UNPA), La Marche des Solidarités

Cette diversité des présents démontre donc qu’une réaction à la hauteur des enjeux est possible. Nous pensons de surcroît qu’elle est urgente et nécessaire mais qu’elle suppose une condition de possibilité. Cette action commune nécessite en effet un refus de hiérarchisation des racismes et de l’indignation à géométrie variable. L’islamophobie aujourd’hui mérite la même dénonciation unanime que l’antisémitisme. Opposer ces deux formes de la bête immonde conduit à les renforcer toutes deux. Et il en est bien sûr de même des autres visages de cette bête que sont la Romophobie et la négrophobie.

Prenons ensemble l’engagement de ne plus faire un seul pas en arrière face à la bête immonde.

Ce que Fanon disais hier à propos de l’antisémitisme est pertinent aujourd’hui à propos de l’islamophobie. Paraphrasons : « Quand vous entendez dire du mal du musulman, tendez l’oreille, on parle de vous ! »
No Passaran


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