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Macron assimile l’antisémitisme à l’antisionisme

mardi 5 mars 2019 par Sonia Fayman

Interview de Sonia Fayman par Greg Wilpert. Publiée le 5 mars sur le site de The Real News Network (TRNN). (Traduction française SF).

TRNN : Lors des dernières élections présidentielles, la principale opposante à Macron était Marine Le Pen qui représente un parti à la longue tradition d’antisémitisme, mais qui est en même temps un parti pro-israélien, Le Pen elle-même étant pro sioniste. Pensez-vous que l’amalgame que fait Macron entre l’antisionisme et l’antisémitisme soit destiné à briguer les votes de Français d’extrême droite qui haïssent les Juifs mais aiment l’État d’Israël ?

SF : L’amalgame fait par Macron entre antisémitisme et antisionisme est évidemment lié à la concurrence entre lui et le parti d’extrême droite de Le Pen, le Rassemblement National. Ce parti a une tradition d’antisémitisme, mais Marine Le Pen, contrairement à son père, s’est beaucoup efforcée de prétendre que son parti n’est pas antisémite. Macron et elle sont donnés finalistes dans les prochaines élections présidentielles.

La dénonciation par Macron de l’antisionisme comme nouvelle forme de l’antisémitisme vise à se gagner les faveurs des sionistes et d’Israël en en même temps (c’est une de ses expressions favorites), il peut ainsi courtiser l’extrême droite puisque Marine Le Pen est une amie d’Israël. Comme chacun sait aujourd’hui, l’État d’Israël a des relations amicales avec des partis antisémites et avec des États dirigés par des antisémites notoires comme la Hongrie, la Pologne, l’Autriche etc.

Pour Macron, il est important d’être en bonne place dans l’alliance occidentale contre le « terrorisme », c’est à dire l’Iran, le Hezbollah et les Palestiniens.

TRNN : Macron mentionne la définition de l’IHRA, qui est un texte très problématique plein de contradictions et qui a été récemment amendé avec quelques exemples qui se centrent tous, non sur l’antisémitisme mais plutôt sur une critique de l’État d’Israël. Quelle est la position des Juifs français de gauche, en particulier de l’UJFP, à la définition de l’IHRA ?

SF : L’UJFP est fortement opposée à la définition de l’antisémitisme de l’IHRA. Nous l’avons dénoncée, avec le mouvement de soutien à la Palestine et, en tant que membres de EJJP, nous soutenons le travail de lobbying fait par la branche britannique du réseau auprès de l’UE. Le groupe de lobbying a rencontré un certain nombre de représentants de partis politiques et de membres de la Commission Européenne. Il leur a ensuite envoyé une lettre en prenant position contre l’Association Juive Européenne qui soutien la définition de l’IHRA. La lettre dit notamment : « le plan (de cette association) est contraire au droit fondamental à la liberté de parole, au droit des députés européens et des partis politiques de critiquer Israël et de soutenir des activités légales de la société civile qui font pression sur Israël pour qu’il se soumette au droit international ».

TRNN : en termes juridiques et pratiques, qu’est ce que cela signifie ? Y aura-t-il de nouvelles lois criminalisant la critique de l’État d’Israël en France ? Les organisations antisionistes vont-elles devenir illégales ?

SF : Il faut tout d’abord examiner quels sont les objectifs poursuivis par un tel projet. Il y en a au moins trois :
-  resserrer les liens avec Israël (et avec le CRIF)
-  dénigrer le mouvement des Gilets Jaunes
-  mettre de côté d’autres minorités telles que les Arabes et les Noirs en les accusant d’être LES antisémites, avec cette idée du « nouvel antisémitisme », notion dont il a été prouvé qu’elle est sans fondement.

Je ne pense pas qu’une loi sera votée, bien que le projet bénéficie d’un certain soutien au sein du gouvernement et dans quelques organisations sionistes puissantes comme le CRIF. Ils s’appuient sur une culpabilité particulière héritée de la collaboration de la France avec l’Allemagne nazie pendant la deuxième guerre mondiale, qui a nourri le tabou de l’antisémitisme. De plus, ils jouent sur l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme profondément ancré dans la façon dont Israël s’est constitué en État. L’historien Joseph Massad rappelle comment, du temps de la fondation de l’État d’Israël, à la fin des années 1940 et ensuite, avec le besoin de coloniser davantage de terre palestinienne, les sionistes ont commencé à requalifier leur projet colonial en projet anticolonial et la résistance palestinienne en antisémitisme. Depuis, les sionistes attaquent toutes les critiques du colonialisme de peuplement israélien comme antisioniste. Ils confondent consciemment Israël avec les Juifs du monde, alors même qu’une majorité de Juifs vit en dehors d’Israël et ne soutient pas toujours le sionisme. Et, avec ce tour de passe-passe, ils peuvent prétendre que critiquer Israël c’est attaquer les juifs en tant que juifs.

Il y a cependant, même dans le parti de Macron, des gens qui disent clairement que le sionisme et l’antisionisme sont des opinions politiques, alors que l’antisémitisme, en tant que forme de racisme, est condamnable. Ce point de vue semble largement partagé.

Nous avons déjà été menacés d’une criminalisation de BDS et nous poursuivons les campagnes BDS. Donc, en tous les cas, nous maintiendrons et développerons notre critique du sionisme et de la politique israélienne, ainsi que de nombreuses pétitions et déclarations l’ont exprimée dans les dernières semaines.


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