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Contre l’antisémitisme, contre son instrumentalisation, pour le combat contre toutes les formes de racisme

samedi 23 février 2019 par André Rosevègue

Intervention d’André Rosevègue à Bordeaux, le 22 février 2019 au rassemblement contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, pour le combat contre toutes les formes de racisme auquel ont participé plus de 150 personnes.

Le 21 février 1944, le groupe Manouchian était exécuté.
Le 21 février 1965, assassinat de Malcom X.

Des amis le rappelaient hier sur le forum des adhérents de l’UJFP. Pour nous ces événements sont toujours dans nos têtes.

Au nom de l’UJFP, je voudrais rappeler d’abord notre émotion devant la résurgence de l’antisémitisme, avec cette concomitance d’inscriptions antisémites, sur une boutique taguée Juden, des croix gammées sur le portrait de Simone Veil, les tombes profanées dans le cimetière alsacien de Quatzenheim.

Aujourd’hui, Sud Ouest rend compte de nouveaux tags antisémites, et d’autres suivront probablement, nous le savons.

Et ces dernières années des Juifs ont été tués parce que Juifs, il faut le dire, le redire, le condamner.

Cette persistance ne doit pas nous laisser indifférents, elle suppose réflexion et action.

Si le vieil antijudaïsme chrétien n’a pas totalement disparu, il semble bien résiduel dans la société française tout au moins. C’est plutôt le vieil antisémitisme racial, bien ancré à l’extrême droite, même s’il a été le vecteur de certains passages de la gauche à cette extrême droite (je pense à Soral) que l’on retrouve dans les groupes identitaires. Antisémitisme « essentialiste » de ces groupes nationalistes, qui prétendent dénoncer les Juifs comme les porteurs du cosmopolitisme apatride, et donc de la mondialisation capitaliste.

Le socialiste allemand August Bebel disait : « l’antisémitisme, c’est le socialisme des imbéciles ». A l’époque de l’Affaire Dreyfus, cela voulait dire qu’une partie des classes populaires étaient entraînées dans l’idée que l’ennemi n’était pas tant le capitalisme qui l’exploitait que « les Juifs » qui dirigeaient la Finance qui accaparait les richesses produites.

Dans un système où les élites fonctionnent en réseaux, il peut être tentant, en voyant Rothschild banquier à la fois à Paris, Londres et New York, de faire de la banque juive la maîtresse du monde.

Cette imbécillité fonctionne encore, et à chaque crise sociale, quand le capitalisme à l’offensive augmente son taux de profit et plonge des millions et des millions de gens dans la pauvreté et la précarité, comment s’étonner que ces idées resurgissent ? Comment empêcher des gens de voir un lien entre les fonctions qu’un Président a pu exercer dans la banque Rothschild et la politique qu’il mène favorable aux plus riches ?

Alors bien sûr, il nous faut rappeler qu’il y a plus de riches non Juifs que de riches juifs. Il y a plus de Juifs pauvres que de Juifs riches. Mais cela ne suffira probablement pas.

Et maintenant on nous parle de « nouvel antisémitisme ». Qu’aurait-il de nouveau ? Qu’il serait notamment porté par les Arabo-musulmans qui importeraient ici leur solidarité avec les Palestiniens et leur haine d’Israël.

Il n’y a pas de nouvel antisémitisme :
- la solidarité des peuples arabes avec la Palestine est profonde (même si ce n’est pas le cas de leurs gouvernements)
- elle est justifiée par la Nakba infligée aux Palestiniens avec le soutien de l’impérialisme britannique de 1919 à 1948, le soutien de tout le camp occidental sous hégémonie américaine ensuite.

Et c’est là qu’intervient la grande manipulation où Macron et le CRIF jouent une partie particulièrement malsaine :
- pour Macron, il s’agit de discréditer et de délégitimer la vague populaire qui l’a mis à mal, en montrant du doigt dans le mouvement des gilets jaunes ceux qui peuvent prêter le flanc à l’accusation de racisme, en en faisant les dirigeants d’un mouvement qui n’en reconnaît pas. C’est la survie de sa politique qu’il joue.
- Pour Israël et le CRIF, il s’agit de couvrir l’offensive que l’État colonial israélien mène aujourd’hui, enserrant toujours plus la population de Gaza dans un blocus faisant de cette enclave une prison à ciel fermé, mangeant toujours plus le territoire de la Cisjordanie occupée, annexant Jérusalem, judaïsant le Neguev comme des quartiers entiers de villes, cherchant à interdire tout espoir pour les Réfugiés de rentrer un jour chez eux, adoptant une loi de l’État nation du peuple juif qui fait des Palestiniens d’Israël des étrangers à peine tolérés dans leur propre pays.

En reprenant la thèse insupportable que l’antisionisme serait l’antisémitisme d’aujourd’hui, Macron et tous ceux qui du parti socialiste à l’extrême droite débitent cette ânerie couvrent délibérément tous les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité que commet Israël, la politique d’apartheid et d’épuration ethnique que cet État mène.

L’autre conséquence de cette manipulation, vous la connaissez. En voulant faire de l’antisémitisme le racisme des racismes, en instrumentalisant la destruction des Juifs d’Europe, le gouvernement et ses alliés (au delà en l’occurrence de sa majorité parlementaire) stigmatisent les populations qui seraient porteuses de ce « nouvel antisémitisme », la population des quartiers populaires comme la population des ronds-points. Et la droite de droite comme l’extrême droite se retrouvent « amis des Juifs » pour être islamophobes et anti migrants. Négation ou sous-estimation délibérée du racisme dont sont victimes dans notre pays les Noirs, les Arabes, les musulmans, les Rroms, les Asiatiques sans parler des discriminations dont sont victimes spécifiquement les femmes, les LGBT, etc.

Comment pourraient-ils vivre le discours de Macron devant le CRIF comme autre chose qu’une allégeance au lobby israélien, comment ne pourraient-ils pas le vivre comme un « deux poids deux mesures », alors même que les enquêtes de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme ne désignent pas les Juifs comme groupe le plus rejeté ?

Nous ne ferons pas ici le compte des morts dans les commissariats, le compte des victimes de bavures policières, mais ne peut-on dire ensemble que c’est parce qu’il était noir qu’Adama Traoré est mort étouffé dans une voiture de Police. Pourquoi sont morts Zied et Bouna électrocutés das un transformateur EDF ? Et Ali Ziri à Argenteuil ?

Quand la Préfecture de Gironde expulse des réfugiés en les renvoyant dans des pays où elle sait qu’ils risquent la mort, comment peuvent-ils ne pas penser qu’ils sont assis dans le fauteuil de Maurice Papon ?

Nous ne devons pas accepter que des migrants meurent en traversant les Alpes ou la Méditerranée. Nous savons, à l’UJFP que sans les délinquants solidaires pendant l’occupation, nous ne serions pas là avec vous ce soir.

J’ai déjà été long, mais je ne voudrais pas terminer sans dire : nous ne devons pas nous contenter de dire que le racisme c’est mal, que le vivre ensemble c’est bien, et tutti quanti.

Aujourd’hui, face à la guerre que le pouvoir et le patronat mène contre les classes populaires, ne nous laissons pas diviser.

C’est tous ensemble que nous devons développer la campagne Boycott, Désinvestissement Sanctions tant que Israël ne respecte pas le droit international.

C’est tous ensemble que nous devons exiger un accueil digne pour tous les réfugiés.

C’est tous ensemble que nous devons empêcher que soient opposés aux fins de mois difficiles le risque de fin du monde.

C’est tous ensemble, racisés, discriminés, exploités, pollués, que nous devons construire la riposte et l’alternative.

André Rosevègue, Bordeaux, 22 février 2019


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