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BDS aux États-Unis

jeudi 3 janvier 2019 par Jean-Guy Greilsamer

Par Jean-Guy Greilsamer, adhérent au CVPR PO et membre de l’UJFP. Publié dans le Courrier du CVPR PO n°71.

Un voyage aux États-Unis au cours de l’été dernier m’a permis de rencontrer des militants de BDS et de JVP (Jewish Voice for Peace) dans plusieurs villes et de mieux comprendre le contexte du BDS dans ce pays. Les USA se caractérisent à la fois par un fort lobby sioniste et par un mouvement BDS important, qui est le sujet de cet article. Il est nécessaire toutefois de signaler qu’ il existe dans ce vaste pays de fortes disparités régionales, municipales ou autres.

Voici un aperçu des victoires du BDS

Participations importantes à des campagnes internationales ayant abouti à ce que des sociétés se retirent des territoires palestiniens occupés, voire aussi d’Israël (Veolia, G4S, Sodastream, Ahava). En milieu universitaire de nombreux universités, associations nationales, personnalités, associations étudiantes, campus, se sont prononcés pour le BDS, à un point tel qu’Israël envoie des conférenciers pour essayer de s’y opposer.

D’importantes Églises et un fond de pension géant se sont désinvestis de sociétés complices de violations du droit international (telle Hewlett Packard). Ralliement de JVP et du mouvement Black Lives Matter (« La vie des Noirs compte ») au BDS. Vote d’une résolution BDS par le conseil municipal de la Nouvelle Orléans (ville d’environ 400 000 habitants) ; celui de Durham (200 000 habitants) a rompu tout partenariat avec la police israélienne. Nombreuses participations aux boycotts culturel, universitaire, aux dénonciations du « pinkwashing » [1], etc.

Les particularités

Cependant des mesures anti-BDS sont promulguées par plus d’ une vingtaine d’États (la Floride, la Pennsylvanie, le Texas, le New Jersey, etc). Ces mesures sont essentiellement économiques, interdisant à des entreprises qui prônent le BDS, ou ont des relations avec des entités pro BDS, de concourir à des marchés publics. Mais ces mesures sont contestées, y compris devant des tribunaux, parce qu’ elles sont inconstitutionnelles, un arrêt de 1982 de la Cour suprême ayant confirmé le droit de se livrer à un boycott politique. Elles violent le pilier de la liberté d’ expression aux États-Unis, qui est le premier amendement de la Constitution, ratifié en 1791 et qui stipule : il interdit au Congrès des États-Unis d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à « s’assembler pacifiquement ».

Cette liberté d’expression est largement pratiquée (aussi bien pour les mauvaises causes que pour les bonnes...) et profite au mouvement BDS, qui peut se rassembler librement. Ainsi les militants d’ « Adalah New-York » (Campagne à New-York pour le boycott d’Israël) ont pu, à force de rassemblements (autorisés) devant le magasin d’un magnat diamantaire, impliqué dans les violations israéliennes du droit international, gagner la fermeture de ce magasin !

Une autre particularité aux USA est l’impact de l’engagement important de jeunes Juifs dans le mouvement BDS, dans les milieux universitaires, dans les campus, ce qui contribue aussi à décrédibiliser l’establishment sioniste.

Il faut signaler que les sionistes chrétiens évangélistes des États-Unis sont plus nombreux que les Juifs dans le monde entier. Les ralliements d’autres Églises à BDS sont alors des victoires non négligeables, d’autant plus que dans la société étasunienne la vie communautaire basée sur les religions ou sur d’autres ressorts est importante.

Mais les communautés ne sont pas forcément communautaristes. Un bon exemple est le mouvement « Black Lives Matter », qui fait un travail important au sein de la population noire pour la rallier à l’ engagement universaliste qu’est le BDS.

Quel avenir ?

Je pense qu’ avec des politiciens comme Trump, Netanyahou et d’autres, et avec le développement international des courants xénophobes, l’avenir est imprévisible. De plus Trump réussit à renforcer l’aile conservatrice des juges de la Cour suprême. Mais la résistance anti-Trump est importante dans de nombreuses villes, en particulier des grandes villes, et le mouvement BDS en fait partie.

Les mobilisations du mouvement BDS aux USA sont appelées à progresser, malgré les obstacles politiques, parce qu’elles rallient des forces vives ou permanentes : de nombreux jeunes, de nombreux opprimés (parmi le mouvement LGBT, la population noire, les musulman-e-s), les gens de plus en nombreux qui contestent l’« establishment » et les gens tous âges confondus qui se mobilisent pour les grandes causes de leur époque.

Ces mobilisations s’inscrivent dans une situation de complémentarité des luttes anti-Trump et dans un contexte international tendu : face aux politiques racistes, ségrégationnistes, nationalistes, dominatrices et xénophobes incarnées par Trump et Netanyahou, elles participent vigoureusement aux batailles pour l’égalité, la liberté, la justice et l’émancipation des peuples.

[1Pinkwashing : Le pinkwashing, mot formé de « pink » (= rose) et de « washing », inspiré de « whitewashing » (= blanchiment), caractérise l’utilisation des droits des LGBT (communautés Lesbiennes, Gays, Bisexuelles et Transgenres) par diverses entités pour modifier leur mauvaise image et avoir l’air d’être progressistes, tolérantes, ouvertes. D’importantes mobilisations s’ insurgent contre le pinkwashing israélien.


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