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Peut-on critiquer la politique israélienne ? Amalgame et confusion : antisionisme/antisémitisme

samedi 1er décembre 2018 par Pierre Stambul

Intervention de Pierre Stambul à Nantes le 29 novembre à la soirée organisée par le Conseil départemental de Loire-atlantique.

Quand on y réfléchit les faits sont simples.

En 1948-49, environ 800 000 Palestiniens ont été expulsés de leur pays. Après l’ouverture des archives, les historiens israéliens ont confirmé ce que les Palestiniens avaient toujours dit : le nettoyage ethnique était prémédité et a été accompagné de nombreux crimes de guerre.

La résolution 194 de l’ONU votée le 11 décembre 1948 stipulait que les Palestiniens expulsés de leur pays devaient retourner chez eux. En réponse, le gouvernement israélien a interdit tout retour, a détruit plusieurs centaines de villages, a effacé leurs noms et leurs traces puis a confisqué les terres. 70 ans plus tard, plus de cinq millions de Palestiniens ont la carte de l’UNRWA, l’office des Nations Unies créé « provisoirement » pour gérer la question des réfugiés.

La résolution 242 de l’ONU votée le 22 novembre 1967 stipulait qu’Israël devait évacuer les territoires récemment occupés. On est en 2018 et, alors que l’occupation est clairement illégale, plus de 700 000 colons israéliens vivent dans ces territoires.
La Cour Internationale de Justice de la Haye a déclaré, le 10 juillet 2004, que la construction du mur qui balafre la Cisjordanie était illégale. Aujourd’hui ce mur a été agrandi et mesure plus de 700 Km.

Entre 2008 et 2014, Israël a bombardé massivement trois fois la bande de Gaza en visant la population civile et en utilisant des armes interdites. En 2018, des snipers de l’armée israélienne ont délibérément visé des civils. Les balles explosives, interdites contre les éléphants mais utilisées contre les Gazaouis, ont provoqué plus de 200 morts et des milliers d’estropiés, souvent amputés.

Ces faits historiques sont bien documentés, et pourtant …

Le gouvernement israélien se présente comme une victime. Il dénonce toutes celles et ceux qui critiquent sa politique comme des antisémites, même s’ils sont juifs. Il a le soutien sans faille des dirigeants occidentaux qui feignent de considérer que les antisionistes et/ou les partisans du BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre l’État d’Israël tant qu’il ne respectera pas le droit international) sont des antisémites.

Le sionisme est une idéologie qui a été très longtemps minoritaire chez les Juifs. Le sionisme a été, dès Theodor Herzl à la fin du XIXe siècle, une théorie de la séparation considérant que Juifs et non Juifs ne pouvaient pas vivre ensemble. Pendant longtemps, les sionistes et les antisémites partageaient la même aspiration : qu’un maximum de Juifs quittent l’Europe pour devenir des colons européens en Asie. La majorité des Juifs qui aspiraient à la pleine reconnaissance de leurs droits politiques, sociaux et économiques ignoraient le sionisme ou lui étaient hostiles.
Le sionisme n’a pas lutté contre l’antisémitisme. Il le considérait comme inéluctable et s’en est servi pour son unique projet : construire un État juif homogène.
Les principales institutions sionistes qui sont à la base de l’Etat d’Israël n’ont rien à voir avec le judéocide : Le Fonds National Juif, la Haganah (l’armée) ou l’Agence Juive existaient depuis des décennies.

D’où la question.

De quel droit ceux qui soutiennent inconditionnellement l’État d’Israël, quelle que soit la politique ou les exactions de ses dirigeants s’approprient-ils le souvenir des persécutions antisémites et du génocide nazi ?

Auschwitz, c’est le paroxysme de ce à quoi conduit le racisme et la négation de l’autre.

Israël a un gouvernement d’extrême droite dont les dirigeants rivalisent en propos d’un racisme décomplexé, pas seulement contre les Palestiniens dont l’existence et la dignité sont niées, mais aussi vis-à-vis des Arabes, des Musulmans, des Noirs. Il existe même un solide racisme contre les Juifs israéliens originaires des pays arabes ou d’Éthiopie.

L’antisémitisme a été le dénominateur commun de toutes les idéologies d’extrême droite. Aujourd’hui, le gouvernement israélien trouve ses amis chez les suprématistes et les partis d’extrême droite. Il est l’ami des Chrétiens sionistes pour qui les Juifs doivent disparaître s’ils ne se convertissent pas à la vraie foi. Il courtise Viktor Orban qui réhabilite le régime hongrois pronazi de l’Amiral Horthy, celui qui a participé à l’extermination des Juifs hongrois.

La lutte contre l’antisémitisme appartient à toutes celles et ceux qui luttent pour le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

La nouvelle loi votée le 9 juillet dernier par la Knesset (le Parlement israélien) définit Israël comme « l’État-Nation du peuple juif ». 50% de la population qui vit entre Méditerranée et Jourdain est palestinienne. La nouvelle loi établit que même ceux qui vivent à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël sont des citoyens de seconde zone, étrangers dans leur propre pays.

Les discriminations contre les Palestiniens existaient depuis la création de l’État d’Israël, elles sont désormais inscrites dans la loi. L’apartheid est défini par le droit international comme un crime. Il est difficile, de bonne foi, de nier qu’Israël est devenu un État d’apartheid. Dénoncer une situation qui est criminelle contre les Palestiniens et suicidaire pour les Juifs n’a rien à voir avec l’antisémitisme. C’est un devoir quand on lutte pour l’égalité.

Alors pourquoi est-il si difficile de critiquer Israël ?

Sans doute parce que ce pays est devenu un laboratoire des technologies de maintien de l’ordre et des armes les plus sophistiquées. Parce que, pour les dirigeants occidentaux, Israël donne l’exemple de la façon d’enfermer et de réprimer une population jugée dangereuse.

Pour protéger un État qui viole sans arrêt le droit international, tout un arsenal est utilisé : falsification de l’Histoire, répression judiciaire.

L’Europe qui a persécuté les Juifs pendant plus d’un millénaire, s’est débarrassée de sa responsabilité majeure dans l’antisémitisme et le génocide nazi sur le dos du peuple palestinien qui n’avait rien à voir avec cette persécution. Quand Nétanyahou explique le 20 octobre 2015 devant le congrès sioniste mondial qu’Hitler ne voulait pas tuer les Juifs et que c’est le Grand Mufti de Jérusalem qui lui a suggéré cette idée, il s’agit d’une déclaration révisionniste.

Les dirigeants européens qui acceptent que les dirigeants israéliens incitent tous les jours les Juifs à émigrer en Israël les mettent en danger.

La circulaire Alliot-Marie qui essaie d’empêcher le boycott d’Israël met en danger notre liberté d’expression. Cette tentative de criminalisation du soutien au peuple palestinien est aussi le résultat d’une absence d’introspection sur le passé colonial de la France et d’une montée du racisme dans notre pays.

La lutte contre le racisme, le colonialisme et l’apartheid est universelle.


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