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Compte-rendu de la rencontre-débat "Bédouins d’Israël et Palestiniens de Cisjordanie, même combat ?"

lundi 23 avril 2018

Compte-rendu de la rencontre-débat du 5 avril au CICP, organisée par l’UJFP et modérée par Irène Steinert avec :
- Dima Al Arqan, fonctionnaire au ministère palestinien des Affaires étrangères et des Expatriés,
- Aziz Al Turi, habitant d’Al Araqib militant pour les droits civils des Bédouins et son fils
- Said, Avner Ben Amos, membre du conseil d’administration du Forum pour la Coexistence et l’Égalité des droits dans le Néguev.

Le contexte des interventions...

Irène : Bonsoir à toutes et à tous, soyez les très bienvenus ce soir de rencontre - débat, spécialement Dima Al Arqan, Avner Ben-Amos, Aziz Al Turi et son fils Said, venus de Cisjordanie et d’Israël et invités pour témoigner de la situation actuelle en Cisjordanie, en Israël spécialement dans le Negev, et ainsi qu’à Gaza.

Depuis 2 semaines les conditions de vie des Palestiniens - Bédouins en Csjordanie ainsi que dans le Néguev s’aggravent de jour en jour. Je résume :

- À Gaza, avec les attaques de Tsahal depuis le 30 mars, lors du premier jour de la « Marche du retour » la mécanique du pire s’est à nouveau enclenchée à Gaza .

- L’occupant Israël tente de déplacer des milliers de Palestiniens qui vivent dans environ 200 communautés des fermiers - bergers dans la zone C de Cisjordanie. Des douzaines de ces communautés font face à une expulsion imminente et d’autres sont soumises à diverses formes d’abus, de violence et de dépossession.

- Le village palestinien de Susya se trouve dans les collines du sud d’Hébron, dans la zone C en Cisjordanie et compte approximativement 350 habitants. Susya a été à plusieurs reprises sous la menace de démolition et reconstruit de nombreuses fois. Le 1er février, la Cour suprême israélienne a décidé d’autoriser sa démolition immédiate. Cela est prévu ce mois d’Avril.

- Les autorités israéliennes ont annoncé la semaine dernière par affichage des ordres d’expulsion que toutes les maisons du village bédouin d’Umm
al-Hiran seront détruites entre le 14 et le 19 avril. À la fin du mois, le village sera en ruines. Umm al- Hiran sera démoli afin qu’une ville exclusivement juive puisse être construite sur ses ruines.
En réponse, Adalah - Le Centre juridique pour les droits des minorités arabes en Israël a envoyé une lettre urgente le 21 mars 2018, au procureur général israélien Avichai Mandelblit et à l’Autorité foncière israélienne pour leur demander de reporter l’expulsion des habitants et la démolition de leurs maisons.

- Le village Al’Araqib - où habitent Aziz et Said - a été démolit pour la 126ème fois depuis le 27 juillet 2010, le jour où 1500 policiers de Yo’av ont détruit tout le village et arraché 4000 oliviers. Après chaque attaque les habitants et des militants reconstruisent des abris avec le matériel qui reste.

Les points principaux des interventions

Les interventions ont été enregistrées par Béatrice Orès (vidéos à suivre prochainement).

Intervention de Dima Al Arqan

Dima Al Arqan défend la diversité, la paix, la démocratie et les droits de l’homme pour elle des des valeurs les plus importantes.

Elle a parlé sur la situation en Cisjordanie depuis le Naqba :

- La situation actuelle en Cisjordanie où la politique de colonisation et d’expropriation des terres et de l’eau menace le destin des Palestiniens,
- Les arrestations quotidiennes y compris des jeunes et des enfants,
- Les checkpoints entre Hébron et Ramallah où doivent passer les Palestiniens tous les jours
pour aller travailler chez les colons.
- Les checkpoints qui posent des problèmes de se déplacer d’une ville à l’autre, p.e. pour elle,
habitant à Ramallah aller voir ses parents à Hébron.
- Les checkpoints, où on ne laisse pas passer les malades ou trop tard.....
- Gaza :
- l’actualité des attaques de Tsahal depuis le 30 mars, lors du premier jour de la « Marche du retour »
- la destruction du port et l’aéroport,
- les palestiniens n’ont pas le droit d’y aller ; p.ex. elle-même ne peut pas aller à la mer avec
ses enfants...
- Israël occupe Gaza en fermant les frontières
- Jérusalem-Est occupé.
- Les accords d’Oslo qui n’ont pas été réalisés ; les Palestiniens ont accepté l’idée de deux états. Il faut sauver l’idée ; elle ne voit pas d’autres solutions.
- Elle est toujours contente de rencontrer des Israéliens, qui militent pour des droits égaux.

Intervention de Avner Ben-Amos

Avner Ben-Amos a surtout parlé de la situation des Bédouins dans le Néguev.

- D’abord, lui aussi a fait référence aux événements à Gaza, disant que les interventions de Tsahal sont aussi une menace pour la souveraineté d’Israël.
- Il est historien et a écrit un livre sur Israël : “Israël : La fabrique de l’identité nationale”, CNRS Editions 2010.
- En Israël, on voit les Bédouins comme des nomades et le Forum pour la Coexistence fait tout pour changer cette conception. Les Bédouins du Néguev sont des citoyens israéliens, sédentarisés. Des anciennes cartes montrent bien leurs villages, d’où ils ont été expulsés pendant le Naqba en 1948. Ils furent concentrés dans la réserve Siyaq, jusqu’en 1966 sous contrôle militaire.
- Depuis 1963, Moshe Dayan développait une urbanisation forcée des bédouins afin de créer un prolétariat urbain par créer 7 villes, qui manquent d’une infrastructure et sont restées pauvres. La moitié des Bédouins a refusé de s’y installer et ils sont retournés sur leur terre comme fermiers. Les Bédouins possèdent des titres de propriété, pas reconnus par l’État. L’ILA jugeait que la terre était vide, c’est-à-dire pas travaillée, ce que légitimait de la confisquer.
- Aujourd’hui, dans le cadre de la « Politique d’urbanisation et de judaïsation du Néguev », la destruction totale de ces 36 villages et le déplacement des Bédouins qui y vivent vers les sept villes de regroupement se réalisent.
- Le NCF qui défend les villages bédouins en contestant fondamentalement leur démolition et qui organise des événements culturels palestiniens/bédouins/juifs pour montrer que la coexistence soit possible est gravement critiqué par le gouvernement et le maire de BeerSheva.

Intervention d’Aziz Al Turi et de son fils Sa’id

Aziz Al Turi nous a raconté l’histoire d’Al Araqib et fait défiler les images de son Powerpoint, traduit en français par Michel Ouaknine. Les photos ont été copiées du Powerpoint.
- Le Néguev constitue 60 % de la surface de l’état d’Israël et abrite 8 % de sa population ; les Bédouins forment un tiers de la population régionale et ne réclament que 3-5% de la terre.
- Depuis 1948, l’État d’Israël ne reconnaît pas que les Bédouins possédaient et cultivaient leurs terres avant 1948. Ils ont des titres de propriété obtenus pendant l’Empire Ottoman et le Mandat britannique et des preuves qu’ils ont toujours payées des taxes...
- En 1953 l’État regroupait les 10 000 Bédouins qui sont restés dans la réserve “Siyag
- Ensuite l’État a fait construire 7 townships avec l’objectif d’urbaniser les Bédouins.
- Depuis 1999, le gouvernement pulvérise les champs avec des pesticides qui causent le cancer.
- En 2005, le gouvernement commençait à exproprier les Bédouins de leur terre. Le JNF-KKL (Front National Juif) plante des forêts sur leur terre.
- Aziz racontait et montrait que jusqu’aux 2010 les 573 habitants d’Al Araqib étaient des fermiers dans un village bien équipé avec des maisons en pierre, de l’électricité et de l’eau ...

- Le 27 juillet 2010, le gouvernement a fait détruire totalement Al’Araqib avec 1700 policiers. 22 des 65 familles qui y habitaient sont restées et ont reconstruit des abris... Les habitants ont perdu leur moyen d’existence. Depuis, le 18 mars 2018 leurs abris ont été démolis pour la 126e fois.


Chaque dimanche les habitants organisent une démonstration avec des militants au carrefour des autoroutes 40 - 310 près Lehavim : “Stop les démolitions d’Al Araqib”
- Le Plan Prawer, qui concrétise la politique du gouvernement, continue à exproprier les Bédouins et les regrouper dans les 7 townships. C’est de la colonisation intérieure pour faire disparaître leur culture historique et modes de vie.
- Les autorités de l’état ont ouvert plus de 60 affaires pénales contre Sheikh Sayah Al Turi d’Al Araqib. Plus de 100 résidents d’Al Araqib ont eu des affaires pénales ouvertes contre eux. Après 2010, l’État a poursuivi 46 résidents d’Al Araqib pour "compenser" les coûts de destruction du village : 2 millions d’ILS (470 000 euros).
Comment soutenir notre lutte ? Vous pouvez :
- donner de l’argent pour acheter des matériaux de construction et/ou pour nous aider à payer des frais juridiques ;
- organiser une visite de solidarité à Al Araqib ;
- publier notre histoire dans les médias à travers des articles, des photos ou des vidéos ;
- demander à votre ambassadeur en Israël de poser des questions sur les projets du boisement de “l’Ambassadeur Forest” du JNF-KKL sur notre terre ;
- demander à votre gouvernement de poser des questions au gouvernement d’Israël concernant “La politique israélienne de développement du Néguev et de la Galilée”.
- organiser des manifs contre le JNF-KKL dans votre pays.

Pour conclure, Aziz a remercié toutes personnes, associations et juristes qui soutiennent Al Araqib et défendent les droits de ses habitants. Spécialement il s’adressait aux juifs, qui sont solidaires, parce que c’est grâce à eux que nos enfants ne grandissent pas avec la haine dans leur cœur pour le peuple juif.

Sa’id nous a confié ses rêves d’avenir, les siens et ceux des jeunes Bédouins. Les rêves sont surtout d’être bien scolarisés et suivre des formations professionnelles. Sa’id veut devenir médecin et fonder une clinique à Al’Araqib. Arriver chaque jour à l’heure à l’école dans une des 7 villes est un effort. Prendre la douche, préparer le petit déjeuner sans l’eau courante et l’électricité, manque de transport public entre les villages bédouins non-reconnus et les villes exigent de se lever très tôt...

Le débat

Il ne restait pas beaucoup de temps pour le débat. Les questions posées donnaient surtout la possibilité aux intervenants d’approfondir leurs renseignements.

À la fin un monsieur s’est levé, clairement ému, pour exprimer ses meilleurs vœux aux jeunes et tous les palestiniens et un grand merci à Dima, Avner, Aziz et Sa’id disant qu’il faut soutenir tous ensemble la résistance pacifique contre la politique israélienne.

Pour conclure

(Irène Steiner)

Tous les fois où je vais là-bas en Israël et en Palestine je me sens proche des amiEs palestinienNEs - bédouins - juifs ; je sens physiquement leurs soucis, leurs souffrances et leur espoir qu’un jour les droits égaux pour tous les citoyens soient reconnus. Mon objectif personnel de cette soirée était partager ces sentiments avec vous. C’est un sentiment totalement différent de celui de lire des articles sur l’occupation, la colonisation écrits en concepts abstraits....

Un grand merci à Dima Al Arqan et Richard Wagman pour les traductions...
Le PAF reçu, de 125€, a été reversé à Aziz Al Turi d’Al Araqib comme soutien à leur résistance pacifique.

Irène Steinert.
Paris, le 19 avril 2018


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