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Jérusalem - une étincelle d’espérance palestinienne

vendredi 4 août 2017 par Jamal Juma’

Par Jamal Juma’, jeudi 3 août 2017.

Les deux derniers jours ont vu un recul presque sans précédent d’Israël face à la mobilisation de masse palestinienne. Les autorités d’occupation ont enlevé les détecteurs de métaux nouvellement installés et les caméras de surveillance de l’entrée de la mosquée Al Aqsa et ont finalement dû donner accès à la Mosquée à tous les fidèles, en supprimant une interdiction antérieure pour les hommes de moins de 50 ans. Cette victoire contre les attaques israéliennes visant les droits et l’existence des Palestiniens à Jérusalem est arrivée à un moment crucial pour la ville et se doit de transformer durablement les relations de pouvoir.

Le récent déclenchement de la révolte à Jérusalem est une réponse inévitable à des décennies de politiques d’apartheid israéliennes visant à effacer la présence palestinienne de Jérusalem, capitale palestinienne.

50 ans après l’occupation et l’annexion illégales de fait de Jérusalem-Est, le régime israélien serre le nœud autour de la population palestinienne dans la ville. La construction de plus de 180 km du mur d’apartheid autour de Jérusalem - une opération massive d’ingénierie démographique pour faire avancer le projet israélien de « Judaïser » la ville - est presque terminée. Il isole de la ville 225 000 Palestiniens dans 22 villages, tout en intégrant 210 000 colons dans quatre grands blocs de colonies à l’intérieur de ses limites.
Israël a renforcé ces dernières années ce cordon de colonies autour de Jérusalem. Au cours de la dernière année seulement, il a annoncé 58 000 nouveaux logements dans ces colonies afin de combler les derniers trous dans la zone tampon de colons entre le cœur de Jérusalem et le reste de la Cisjordanie occupée.

À l’intérieur de la vieille ville et des quartiers environnants, les colons s’approprient les maisons palestiniennes, et la construction des colonies a considérablement augmenté. Cela vise à casser la société et la vie palestinienne, à provoquer des tensions continues et à créer des conditions de vie insoutenables.

En outre, Israël impose de lourdes taxes et un système de permis coûteux pour toute activité. Les Palestiniens bénéficient beaucoup moins de services publics que les colonies juives, mais de cette façon, ils financent les pratiques de nettoyage ethnique israéliennes, y compris le budget annuel de l’occupation s’élevant à 6 millions de NIS ( 1,5 million d’Euros) pour la destruction des maisons palestiniennes à Jérusalem. Le dé-développement économique induit par la force a entrainé la fermeture de près de 25% des magasins palestiniens dans la vieille ville.

Pour effacer la présence palestinienne, Israël impose rapidement ses propres symboles de domination dans la vieille ville. La transformation de la zone résidentielle palestinienne de Silwan en site de tourisme archéologique de la ville juive de David n’est qu’un exemple.

Les attaques contre l’Esplanade des Mosquées sont donc la tentative de reprendre le dernier bastion de l’autorité palestinienne à Jérusalem et de contrôler son avenir - la Mosquée Al Aqsa reste le symbole de souveraineté dans toute la ville.

Déjà lors de son premier mandat en tant que premier ministre en 1996, Binyamin Netanyahu a commencé les fouilles de tunnels au-dessous de la mosquée Al Aqsa. Après la visite d’Ariel Sharon à l’Esplanade qui a déclenché la deuxième intifada, Israël a placé sa force de police aux portes d’entrée de la mosquée, a introduit les vérifications de carte d’identité et imposé des restrictions d’accès à la mosquée Al Aqsa aux hommes de plus de 50 ans et aux femmes de plus de 40 ans. Avec l’élection de Netanyahou en 2013, la présence de la police israélienne et des colons juifs, à l’intérieur même de l’Esplanade, a augmenté.

Les Palestiniens à Jérusalem savent qu’Israël cible leur existence même dans la ville ; la défense de leurs droits à l’Esplanade de la Mosquée, qui est historiquement et géographiquement au cœur de Jérusalem, est une urgence fondamentale pour tous les Palestiniens. Ce n’est pas par hasard que les Chrétiens ont été dans les rues pour prier ensemble avec les Musulmans dans une défense commune de leur droit d’exister.

Un peuple émancipé

Rien n’était plus prévisible que la réponse publique massive à la dernière série de resserrements des contrôles d’accès israéliens. Néanmoins, Israël a totalement sous-estimé la détermination du peuple et son impact.

Avec Israël et l’Autorité palestinienne (PA) qui coopèrent pour bloquer l’approvisionnement en gaz et en électricité de la bande de Gaza assiégée, l’administration du Hamas est aux prises avec une catastrophe humanitaire qui s’étend.

En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne a perdu les derniers vestiges de crédibilité devant son propre peuple et est devenue complètement dépendante d’Israël pour les transferts d’argent et sa principale source de légitimité.

Les gouvernements arabes profondément embourbés dans différentes guerres et crises, n’ont aucun intérêt à remettre sérieusement en cause Israël. Au contraire, le rapprochement avec Israël n’a jamais été aussi peu déguisé.

Il semblait que les gouvernements ne seraient pas prêts à résister aux attaques israéliennes à Jérusalem.

Israël a oublié les gens dans l’équation - les gens à Jérusalem et dans le monde arabe ont fait la différence.

En Jordanie, les manifestations de masse ont mêlé le soutien aux Palestiniens à l’indignation face à la connivence de leur gouvernement pour garantir l’impunité du personnel diplomatique israélien qui a tué un citoyen jordanien. La colère a augmenté dans de nombreux autres endroits, exerçant une pression sur les gouvernements arabes pour mettre la Palestine à l’ordre du jour.

L’AP a été forcée d’annoncer une suspension de la « coopération en matière de sécurité » avec Israël. Au cours des derniers jours, la police de l’AP s’est abstenue d’agir comme tampon entre les manifestants et l’armée israélienne lors de manifestations en Cisjordanie.

Le changement le plus important et le plus transformateur qui s’est produit au cours des derniers jours est en effet l’émancipation du peuple à Jérusalem.

Dans un spectacle impressionnant d’auto-organisation, une marée de gens sont sortis dans les rues en affirmant leur droit à la ville. Ils revendiquent non seulement la mosquée Al Aqsa, mais la vieille ville entière comme la leur.

Ils ont adopté des tactiques communes : les gens ont rendu la situation insoutenable pour les forces d’occupation israéliennes par leur simple présence. Ils contrôlaient les rues, les bloquant dans la prière collective. Ils ont été dispersés par les attaques israéliennes et les gaz lacrymogènes mais pour se rassembler peu de temps après à un autre endroit.

Aucune pierre n’a été jetée cette fois.

Cette présence incontrôlable des Palestiniens est en soi une défaite de toutes les tentatives israéliennes de « judaïser » Jérusalem et de les faire disparaître de la vie de la ville.

Les jeunes de Jérusalem, la force motrice des protestations de la semaine dernière, ont prouvé contre toute attente qu’ils ne peuvent être ignorés et qu’ils sont loin d’être une « génération perdue » : les politiques israéliennes de refus de possibilités d’éducation, l’interdiction de toutes les activités culturelles et politiques palestiniennes, la destruction de l’économie palestinienne et des possibilités d’emploi ainsi que la politique israélienne d’accès facile aux drogues n’ont pas empêché leur résilience.

La jeunesse de Jérusalem aujourd’hui est un modèle pour tous nos jeunes.

Déjà la révolte de 2014 a été déclenchée par les jeunes de Jérusalem après que Muhammad Abu Khdeir ait été brûlé vif par des colons israéliens. Depuis des mois, les jeunes palestiniens sont en lutte presque quotidienne. À Jérusalem, la protestation et la désobéissance défiant les restrictions israéliennes et affirmant la présence palestinienne dans la vieille ville ont ouvert la voie à des manifestations dans toute la Palestine. Ceci a été un terrain d’apprentissage important pour cette nouvelle génération de notre lutte pour la libération.

Aujourd’hui, nous devons reprendre l’exemple de Jérusalem. Elle est devenue un modèle de résistance qui peut s’épanouir lorsque les partis et les autres expressions politiques organisées sont inexistants, interdits ou ont échoué. Les Jérusalemites ont montré l’unité dans l’action et développent de nouveaux moyens de coordination et de lutte, lors de chaque vague de rébellion.

Cette confiance en soi du peuple détricote l’un des effets les plus pernicieux du processus d’Oslo, qui a écarté les organisations de base au profit des négociations dans les couloirs de la bureaucratie.

C’est un message clair pour tous ceux qui font valoir la futilité de la résistance face à un manque de leadership de l’AP ou des partis politiques palestiniens.

La vague actuelle de protestations peut mourir ou être brutalement réprimée par Israël, mais il y a une étincelle durable d’espoir et d’émancipation qui émane de Jérusalem.
Pour nous en Palestine, il est un devoir de l’allumer et de la laisser croître. Pour le reste du monde, Jérusalem peut servir d’inspiration pour ses propres luttes pour la justice sociale et politique.

(Traduction Fx Gilles)


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