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Les propositions d’un nouveau plan de paix en 10 points par Isaac Herzog

samedi 25 février 2017

Nous publions ici les propositions d’un nouveau plan de paix en 10 points par Isaac Herzog leader de l’opposition et chef du parti travailliste israélien et de la coalition "l’Union Sioniste", publié dans Haaretz le 23 février.

Ces propositions appellent de nombreux commentaires [*] que nous ne manquerons pas de faire très prochainement ici. En attendant l’illustration choisie par nous, nous semble parlante pour qualifier les progrès de la gauche sioniste dans la compréhension des termes de la paix et leur vision du monde.

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La parabole des Aveugles -Pieter Brueghel l’Ancien

Isaac Herzog détaille son plan de paix israélo-palestinienne en 10 points.

Le plan du leader de l’opposition : Les deux camps s’engageront à une décennie de calme, pendant laquelle la Cisjordanie sera une zone libre de toute violence ou provocation ; la construction de colonies hors des blocs sera gelée,avec plus de pouvoir aux Palestiniens, et seulement alors les négociations commenceront.

Isaac Herzog | 23 février 2017 | dirigeant de l’opposition israélienne, président de l’alliance « l’Union Sioniste » et du parti travailliste.

Il y a quelques jours ce journal a publié un reportage important de Barak David sur une rencontre au sommet secrète, qui s’est tenue il y a un an à Aqaba avec
le premier ministre Benjamin Netanyahu, le secrétaire d’État des États-Unis John Kerry, le roi Abdallah de Jordanie et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi.

C’est sur la base de cette rencontre, confirmée par le premier ministre, et d’autres étapes décidées au même moment, que j’ai été préparé à examiner avec Netanyahu la possibilité d’un gouvernement d’union nationale dans la période de mars à mai 2016.

L’information publiée le 19 février dans Haaretz, a exposé une petite partie de la grande opportunité qui s’offrait à Israël de changer la face du Moyen Orient tout entier, et qui aurait pu apporter un grand espoir à notre peuple et aux nations de la région. Ce mouvement historique, qui fut caché pour des raisons évidentes, était destiné à prévenir de nouveaux cycles de violence et de sang versé.

A cette époque j’ai maintenu de façon répétée qu’Israël avait une occasion historique de faire un pas prometteur et extrêmement stratégique, qui requérait des décisions politiques courageuses. Ma volonté d’implication a été perçue comme un suicide politique -après que j’ai dit dans la campagne électorale « c’est nous ou lui » [1]- elle provenait de mon inconditionnel engagement à sauver Israël du désastre d’un seul État et à empêcher les conséquences dramatiques qui s’accumuleraient inutilement sur les deux parties. Je sentais qu’il était de mon devoir de ne pas tourner le dos à ce spectre dressé devant moi.

Tout au long de ma vie politique j’ai été engagé dans la recherche de la paix, aussi ai-je décidé de saisir l’opportunité et d’ouvrir mon cœur, après avoir reçu des demandes explicites de dirigeants politiques majeurs de notre région et du monde.

Ces dirigeants ont considéré que le fait que l’Union Sioniste rejoigne le gouvernement était un gage de sérieux de la part d’Israël. Ils m’ont même confirmé que Netanyahu avait explicitement exprimé son engagement à faire avancer cette étape, dans laquelle il a joué lui même un rôle majeur.

Malheureusement, au moment crucial, Netanyahu a bloqué le premier, a cédé à ses alliés racistes, et à la somme de toutes ses peurs. Il a renoncé à ses obligations et liquidé une véritable chance d ’accord régional et de changement dans le Moyen Orient.

Pour ma part, j’étais prêt à porter le poids de mes « alliés » politiques et les insultes et violences de mes « rivaux » pour éviter à mon peuple et ma patrie un autre cycle de sang versé, du genre de celui que nos ministres nous ont promis ces dernières semaines avec l’arrogance qui les caractérise.

Le président Sissi et le roi Abdallah ont à nouveau clairement dit cette semaine que les conditions de base pour un accord régional résidaient dans la réalisation de la vision de deux États. Pas la Jordanie comme l’État palestinien de Tzipi Hotovely [2] et non la péninsule du Sinaï comme l’état palestinien de Ayoub Kara (député druze du Likoud nommé ministre sans portefeuille dans le remaniement ministériel de janvier 2017 ndlt) nous, les dirigeants responsables, devons continuer à lutter pour la paix et la solution à deux états, parce que c’est la seule voie possible.

A présent, au regard de la rencontre Netanyahu -Trump, il est aujourd’hui plus clair que jamais, 50 ans après la guerre des six jours, qu’Israël se trouve à un croisement capital. A présent, des vérités dures et pénétrantes doivent être énoncées.

Une vérité relative aux colonies juives de Cisjordanie, dont les dimensions mettent à présent en danger l’existence d’Israël comme État juif. La construction rampante dans toutes les colonies, tout le temps, conduira à remplacer l’État à majorité juive en un État à majorité arabe. La loi sur la confiscation des terres, les voix appelant à l’annexion, incluant l’annexion de la zone C (qui représente 60 % de la Cisjordanie) sont l’image la plus tangible de cette menace. Les grands blocs de colonies sont une partie de la solution. Les décisions radicales sur la construction continue en Cisjordanie font partie du problème.

Une autre vérité se rapporte à la domination continue d’une autre nation. Cela a atteint un point dangereux qui menace aujourd’hui le caractère moral d’Israël et la démocratie.

Une troisième vérité implique le besoin de reconnaître que la tentative d’atteindre une véritable paix en un mouvement, une conférence, ou par un processus consistant en formules convenues et les paramètres d’un accord permanent a échoué. Cela a échoué encore et encore, avec Ehud Barak qui l’a tenté à Camp David, avec Ehud Olmert qui l’a essayé à Annapolis, et avec Benyamin Netanyahu qui l’a essayé avec le schéma de John Kerry il y a quelques années.

Tous ces mouvements se sont achevés par le désappointement et certains ont même conduit à une recrudescence de la violence, l’hostilité et la suspicion entre les dirigeants et les nations.

Nous ne pouvons accepter le statu quo, mais nous ne devons pas non plus reproduire les erreurs du passé. Nous ne pouvons faire de compromis sur la sécurité, mais nous ne pouvons pas non plus aller, les yeux grands ouverts, vers un suicide national.
Confisquer et annexer 2 millions de Palestiniens qui exigeront des droits civiques entiers n’est pas la réponse. Seule la solution à deux États peut terminer le long conflit sanglant. L’infrastructure pour cela existait il y a un an et existe aujourd’hui plus que jamais.

Elle existe dans la forme d’un désir régional de participer à un mouvement stratégique, en raison de la présence d’alliés régionaux forts et sérieux, et l’intérêt commun d’Israël et de nos voisins de vaincre Daech, bloquer l’Iran et rechercher un accord avec les Palestiniens. Elle existe grâce à l’initiative arabe de paix, dont les principes sont encore valides et doivent faire partie de l’accord de séparation entre nous et les Palestiniens avec l’appui de l’administration Trump.

Ces deux éléments, l’infrastructure régionale et la séparation, combinés avec les mouvements hors des sentiers battus, pourraient servir de fondation pour une nouvelle feuille de route actualisée. Une feuille de route réaliste équilibrée qui serait l’antithèse complète du plan Neftali Benett.

En contraste avec l’inaction gouvernementale, je suggère une feuille de route actualisée pour un processus en plusieurs phases qui comprendrait les dix étapes suivantes et leurs composants.

1. Ratification renouvelée par les deux parties et la communauté internationale de l’engagement vers le but final de deux États, vivant côte à côte en paix et dans la sécurité.

2. Les parties doivent établir un cadre de jusqu’à dix ans, durant lequel toute la zone de la Cisjordanie sera déclarée une zone de non-violence d’aucune sorte. Elles s’accorderont sur l’application d’une sanction conjointe et sans compromis contre toute sorte de violence et de provocation. Le conseil de sécurité des Nations Unies adoptera une résolution sur ce point et supervisera directement son application.

3. Les deux parties progresseront pendant cette période vers la réalisation de la vision de deux États. Israël continuera de se séparer des Palestiniens en achevant le mur qui protégera Jérusalem et les blocs de colonies, de construire une zone tampon entre Jérusalem et les les villages palestiniens qui entourent la ville, et donnera aux Palestiniens des pouvoirs élargis.

Ces pouvoirs incluront une autorité civile dans une partie de la zone C pour permettre le développement urbain des communes palestiniennes adjacentes au mur de séparation et les grandes villes palestiniennes. Exactement l’opposé de ce que propose Benett.

4. Israël suspendra la construction hors des blocs de colonies et s’abstiendra de toutes mesures pour changer la réalité sur le terrain dans ces zones, à l’exception des actions requises pour la sécurité, pour permettre de réaliser la vision de deux États.

5. Pendant cette période le développement économique palestinien sera spectaculairement accéléré, avec une aide régionale et international. Il s’agira du développement urbain, de la réhabilitation des camps de réfugiés, et du développement d’une économie et d’une industrie viables.

6. Les Palestiniens agiront pour empêcher tout acte de terrorisme et provocation. Ils élaboreront aussi un large accord national entre les factions palestiniennes, qui devrait intégrer la Cisjordanie et la bande de Gaza sous une seule souveraineté. S’ils accomplissent cela ils seront autorisés à déclarer un État palestinien dans des frontières temporaires et il sera clair que les frontières permanentes de cet État seront déterminées uniquement par un accord. Israël envisagera favorablement la reconnaissance d’un État palestinien et annoncera qu’il considère cet État comme le partenaire d’ un accord sur un statut permanent.

7. L’armée de défense d’Israël continuera d’agir partout en Cisjordanie jusqu’à la rivière du Jourdain, et autour de la bande de Gaza, la coordination de sécurité avec l’autorité palestinienne continuera et deviendra même plus étroite.

8. Les parties agiront pour réhabiliter la Bande de Gaza et construire un port, soumis à de strictes dispositions de sécurité, une complète démilitarisation et la destruction des tunnels.

9. Après cette période, assumant qu’elle se déroule sans violence, les deux parties ouvriront des négociations directes, avec l’appui des États de la région et de la communauté internationale. Les pourparlers se tiendront sans conditions préalables, entre deux partenaires égaux, sérieusement et résolument et conduiront à un accord de paix final et global réglant toutes les questions controversées, établissant des frontières permanentes et se concluant par la fin déclarée du conflit.

10. Les États de la région soutiendront publiquement et fortement les dispositions, dans le cadre d’une forte et large initiative régionale. Israël fera progresser la mise en place d’institutions moyen orientales communes, qui agiront pour développer la région et initier la coopération dans les domaines de la sécurité, l’économie, l’eau, la circulation des marchandises et des travailleurs. Israël proposera de faire de Jérusalem le centre de cette communauté régionale.

Alors qu’une énorme tempête fait rage autour de nous, et que la menace de perdre Israël comme notre État nation devient tangible, un nouveau processus réaliste doit être entamé pour réaliser la vision des deux États. Un processus actualisé conduira tout d’abord au calme, dans lequel chaque coté recevra son dû à chaque étape. Les Palestiniens recevront la reconnaissance, le pouvoir, plus de territoire, et un espoir d’avenir. Les israéliens recevront la sécurité, la reconnaissance régionale et un espoir d’avenir.

Ce ne sera pas une ruée sauvage et irresponsable vers l’inconnu et dans un temps inconnu. Les attitudes deviendront optimistes et la condition d’un calme complet poussera les Palestiniens et les israéliens à faire un effort suprême pour prévenir la violence et le terrorisme.

Le plus importante, le glissement vers l’annexion, un enfer du type de celui vu en Bosnie et aujourd’hui en Syrie, sera arrêté. Le paradigme des deux États sera préservé et le processus de paix entre les peuples deviendra réel. Les deux peuples se sépareront l’un de l’autre, l’économie palestinienne progressera, l’infrastructure régionale se développera, et les principes de l’initiative de paix seront réalisés.

C’est ainsi que nous sauverons les blocs de colonies et les garderons sous la souveraineté d’Israël. Ce sera une réelle victoire du sionisme. Une nouvelle réalité de sécurité et de confiance mutuelle forgeront finalement un processus de paix et éviteront le désastre.

Isaac Herzog

[*Lire les nôtres ici

[1allusion à un slogan choisi par l’alliance de Tzipi Livni du parti Kadimah et Isaac Herzog travailliste dans l’« Union Sioniste »

[2vice-ministre des affaires étrangères NDLT


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