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TOUJOURS SUR LA MODERNITÉ DU MOT SOLIDARITÉ

jeudi 9 février 2017 par Georges Gumpel

Intervention de Georges Gumpel pour l’UJFP lors du rassemblement place de la République des Délinquants Solidaires le 9 février 2017

J’interviens au nom de l’Union Juive Français pour la Paix - UJFP, au nom de mes camarades qui, comme moi, ont été des enfants juifs cachés - ici, en France - sous le régime de Vichy. Toutes et tous, nous avons bénéficié de la solidarité désintéressée d’hommes et de femmes qui avaient osé dire NON à la politique criminelle française d’alors, bravant les danger auxquels ils s’exposaient.
C’est pourquoi, aujourd’hui, l’UJFP condamne fermement le silence intolérable des institutions juives françaises, promptes à invoquer en toutes circonstances « un devoir de Mémoire » sans principe, transformant le passé une relique à partir de laquelle, nous ne pouvons pas inscrire le présent.

C’est bien cette altération de la Mémoire ou, plus exactement, de notre Histoire collective, qui autorise l’Etat à reproduire aujourd’hui des pratiques criminelles à l’origine des larges mobilisations citoyennes que nous observons à travers toute la France en solidarité avec Jean Luc Munro à Lille, avec Pierre Alain Mannoni et Cédric Herrou à Nice.

Est gommée de notre mémoire collective la Conférence Internationale d’Evian de juillet 1938 au cours de laquelle la France tout particulièrement, s’est illustrée par son refus d’accueillir les antifascistes et les juifs fuyant le nazisme et le fascisme, prétextant son incapacité à accueillir « toute la lie de la terre », ces populations « en trop », « indésirables », « en surnombre dans l’économie française ».

Ces qualificatifs exécrables sont les mêmes utilisés aujourd’hui pour justifier Calais, les reconduites à la frontière, les chasses à l’homme dans la vallée de la Roya.

Pour justifier les enfermements dans les camps de longue durée qui ne disent pas leur nom pour toutes ces personnes à nouveau en « surnombre dans l’économie française » – en Europe même – et maintenant hors de l’Europe, en Turquie et demain en Libye peut-être pour les réfugiés subsahariens et africains.
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Gommées de notre mémoire collective les leçons des colloques des années 1980/1990 au cours desquels les institutions françaises et leurs personnels ont fait repentance pour leur aveuglement et leur compromission active avec le régime de Vichy.

Gommée enfin la Convention de Genève relative au Statut des Réfugiés de 1951 que la France a pourtant signée.

D’autres aujourd’hui peuvent à nouveau – sans état d’âme – produire un corpus juridique – je fais référence au Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ( CESEDA) - tout autant problématique et répressif que les textes mis au ban de l’Histoire à la Libération.

L’absurde étant atteint dans l’article L 622-3 point 4 :
« portant sur la confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction, notamment tout moyen de transport ou équipement terrestre, fluvial, maritime ou aérien qui en est le produit ».
Le vélo de Jean Luc et la voiture de Pierre Alain sont cette « chose » qui, au Moyen-Âge, aurait été condamnée au bûcher...

Ces textes, en réalité, au prétexte de faire respecter une frontière territoriale, créent sur le territoire, une frontière « légale » entre ceux qui peuvent être protégés par le droit et ceux qui n le peuvent pas. Expulsant l’Autre hors de notre propre humanité, faisant de sa vie une infraction permanente, le condamnant à l’invisibilité.

Ces textes, ne nous trompons pas, légalisent à nouveau la chasse à l’homme.

Soyons clairs : la barbarie est dans nos murs.

Et puisque que je parle aujourd’hui au nom de l’UJFP, permettez moi de faire le parallèle avec la question palestinienne – ici en France - plus particulièrement à propos du traitement judiciaire de la campagne internationale Boycott, Désinvestissements et Sanctions – BDS. Des poursuites intentées aux militants solidaires de la cause palestinienne.
Dans les deux cas, l’expression de la société civile est criminalisée, dans le but de court-circuiter et de prohiber nos luttes pour la légalité, le respect des Droits de l’Homme, de mettre – à nouveau - hors la loi la solidarité.
Dans ces deux cas, la législation française va très au delà des législations européennes en cours.
Dans ces deux cas – la question du BDS et la question de la solidarité avec les étrangers en détresse - nous observons que seule la France criminalise aujourd’hui la solidarité citoyenne, devient un Etat d’exception permanente.
Transformant le discours sur les droits de l’Homme en un discours banal.

En 2007, Jacques Chirac, alors président de la République, avait institué la Journée Nationale de la Déportation et d’hommage aux Justes de France, souhaitant ainsi offrir en exemple aux générations futures les actes héroïques et invisibles des femmes et des hommes qui nous avaient ouvert leurs coeurs, les portes de leurs demeures.
Rappeler ici, aujourd’hui, le rôle exemplaire des Justes français n’est en aucune façon confondre l’Histoire, leur exemple irrigue notre réflexion, est une source d’enseignements d’une extrême actualité.

Simplement, il s’agit de se souvenir qu’en tous temps, il s’est trouvé des femmes et des hommes pour dire NON aux politiques criminelles de leurs gouvernements et qu’aujourd’hui – plus que jamais – il est nécessaire de ne pas accepter l’intolérable, de ne pas accepter que l’Autre, notre semblable, soit à nouveau soumis aux traitements inhumains que nous avons connus.

Nous sommes toutes et tous comptables de notre Histoire, nul ne peut et ne doit y déroger.
La solidarité n’est pas un délit, elle est une obligation morale impérative, notre façon de rester debout, tout simplement.

C’est pourquoi, l’UJFP est totalement solidaire des camarades traînés en justice au motif du « délit de solidarité », leur combat est le nôtre, nous sommes à leurs côtés.

Georges GUMPEL
pour l’ UJFP


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