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Eitan et Éléonore. Les militants refusent l’injustice

samedi 4 juillet 2015 par Piedad Belmonte

Article paru dans le journal "La Marseillaise" du 30 décembre 2014

Le couple de Tel Aviv milite à Zochrot pour sensibiliser les juifs israéliens à la Nakba.

Eitan Bronstein et Éléonore Merza, militants de Zochrot « Les souvenantes » en hébreu, sont venus de Tel-Aviv au Manifesten de Marseille hier, raconter leur expérience dans cette organisation qui a pour objectif de sensibiliser le public israélien à la Nakba, la catastrophe qu’a représentée, en 1948, la création de l’État d’Israël pour les Palestiniens. Eitan est né à Mendoza, en Argentine. Éléonore est française de mère juive algéro-alsacienne et de père syrien, chassé du Golan par l’armée israélienne.

D’entrée, Eitan raconte que son passage par Marseille pour émigrer en Israël s’est fait à 5 ans en 1965, à l’époque il s’appelait Claudio. Et la conversion de sa mère au judaïsme a pris 1,5 mois. C’est son oncle paternel, sioniste, qui par ses lettres a convaincu sa mère communiste que le paradis existait au Kibkoutz. D’où le débarquement sur la terre promise dans la région de Tulkarem où il grandit. Petit, il joue avec ses camarades sur les restes d’une ancienne forteresse et il se trouve qu’elle symbolise Qaqun, un village palestinien détruit à 2 km de Bahan, le kibboutz où il réside avec sa famille. C’est dire le degré d’ignorance dans lequel les Israéliens vivent en parlant de leur terre. C’est en faisant des recherches sur Internet après la fondation de Zochrot qu’il découvre ce pan d’histoire. Eitan crée cette ONG en 2001 et la dirige jusqu’en 2011. Zochrot veut dire en hébreu « Elles se souviennent », un parti pris féministe, dès le départ, contre le nationalisme et le militarisme ainsi que le sexisme de la langue.

La Nakba est inexistante dans le vocabulaire israélien

La Nakba (catastrophe en arabe) est absente du vocabulaire des Israéliens. Pour eux, il s’agit de la conséquence d’une guerre perdue par les Arabes, c’est le jour de l’indépendance nationale. Ils ne savent pas que c’est le résultat de la destruction de toute vie palestinienne avant 1948, l’expulsion, le déplacement et parfois le massacre de 750.000 Palestiniens, en majorité des civils. Et dès juin 1948, moins d’un mois après la déclaration d’indépendance, le gouvernement prend la décision d’empêcher le retour des réfugiés palestiniens.

Eitan montre par des photos à quel point la Nakba est visible dans l’espace géographique israélien. A Tel Aviv, on trouve le musée de l’Irgoun à la place d’un village palestinien. La ville est construite sur les décombres de 7 villages palestiniens. « Quand on arrive à Lifta, à l’entrée de Jérusalem, on a l’impression de se balader dans un village fantôme tellement il y a des maisons en ruine », raconte Éléonore. La plupart des parcs en Israël sont nés sur les ruines de villages palestiniens, notamment le parc Canada (Jérusalem). Zochrot organise des visites guidées avec des témoins oculaires des événements et des descendants des réfugiés et appose des panneaux en arabe et en hébreu sur les anciens villages palestiniens. Au total, ce sont plus de 60 visites guidées qui ont été organisées et plus de 100 panneaux érigés. L’organisation recueille également les témoignages de combattants sionistes, dont l’un reconnaissait en 2010 qu’il avait commis un massacre.

Chaque année, les militants commémorent dans les rues de Tel Aviv la Nakba au moment où les Israéliens fêtent leur indépendance. En 2011, le parlement israélien adoptait la loi anti-Nakba. « Dans un pays où il y a 13 ans, ce mot n’existait pas, c’est l’une de nos plus belles victoires, mettre au centre de la société la Nakba, car de la même façon que l’Holocauste fait partie de l’histoire universelle, la Nakba est aussi l’histoire universelle », explique Eitan. « C’est notre participation au changement du discours hégémonique des classes dominantes ».

Une artiste d’origine polonaise a fait une vidéo pour Zochrot. Quand sa mère rescapée d’un camp d’extermination a reçu les clés d’une maison et a vu en ouvrant ses grilles que la table était posée dans la cour, elle a rendu les clés. Cette nouvelle citoyenne israélienne refusait l’injustice.

Piédad Belmonte (La Marseillaise), le 30 décembre 2014)


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