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A propos de la manifestation du CRIF : les réactions de membres de l’UJFP et de UAVJ

vendredi 1er août 2014

Frank Eskenazi et Rudolf Bkouche, membres de l’UJFP, nous ont fait parvenir ces textes sur la manif du CRIF. De même notre ami et camarade Schlomo de Strasbourg pousse son cri de colère.

Lire aussi l’intéressant communiqué de "Une Autre Voix Juive".

Frank Eskenazi : Dans la nef des fous

Si l’on cherchait une preuve, même indirecte, à l’échec absolu de l’actuelle campagne de terreur menée par Israël sur la bande de Gaza, la manifestation de soutien organisée par le CRIF le 31 juillet dernier nous en fournit un atroce témoignage.

Selon tous les récits, articles de presse, reportages télé et ce que l’on a pu m’en dire directement, le rassemblement devant l’ambassade d’Israël, qui n’était pas ridicule en nombre, était intégralement juif.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu de non juifs, pour un nombre sans doute ridicule, mais aucun ne se revendiquant comme tel.

C’est une nouveauté accablante dans l’histoire des rapports entre la France et Israël.

Et plutôt que de faire des gorges chaudes sur le succès de leur manifestation, les leaders de la supposée « communauté juive », devraient y voir le signe d’une cassure impressionnante.

Les Français non juifs ont toujours, traditionnellement, soutenu Israël depuis sa création, à hauts cris ou à travers leur représentation politique. Ils sont descendus en nombre lorsqu’ils jugeaient ce pays en danger ou lors de faits divers épouvantables ou ressentis comme tels, témoignant leur solidarité si ce n’est envers Israël, envers les juifs de France afin que ceux-ci se sentent partie liée à la communauté nationale.

C’est fini.

Israël, c’est à présent l’affaire exclusive des juifs et l’on chercherait en vain les églises, les imams, les partis politiques (à l’exception peut-être du FN s’il l’osait), souhaitant se mouiller aux côtés des juifs qui soutiennent l’État d’Israël. Les juifs français qui, en si grand nombre, sont si prompts à brandir le drapeau tricolore, ne se rendent même pas compte de la solitude extrême dans laquelle ils se trouvent. Ou plutôt, et pour le dire autrement, cette solitude est le dernier argument pour rejoindre Israël dans la Nef meurtrière des fous.

Quant à nous, nous manifesterons samedi une fois de plus pour soutenir le peuple palestinien. Nous le ferons cette fois encore parce que nous sommes juifs, nous le ferons parmi une France aux multiples visages afin que ces crimes abominables ne soient pas commis en notre nom.


Rudolf Bkouche : Quand le CRIF provoque l’antisémitisme

Taguieff avait raison lorsqu’il parlait d’une nouvelle judéophobie même s’il ne voulait pas comprendre ce qu’elle signifiait. Nouvelle judéophobie en ce sens qu’elle attaquait non les anciens parias de l’Europe victimes des persécutions antijuives mais ceux qui, en construisant l’Etat d’Israël, avait dépossédé les habitants de la Palestine de leur terre et qui continuaient l’oppression des Palestiniens à travers l’occupation, l’Apartheid et la colonisation qui n’est autre qu’une forme d’annexion de morceaux de terre palestinienne, mais une annexion précédée par l’expulsion des habitants.

Car le sionisme, même s’il s’est constitué en réaction à l’antisémitisme européen, est devenu, en conquérant la Palestine, un nationalisme extrême comme l’ont été le nazisme et le fascisme, pratiquant la purification ethnique pour construire un Etat juif, purement juif. Pour le sionisme, il faut que l’Etat soit juif pour qu’il puisse être démocratique et on peut renvoyer à cette phrase de Ben Gourion, citée par Sternhell dans son ouvrage Aux origines d’Israël :

"La démocratie est notre roc et le seul fondement de notre croissance. Mais nous devons tenir compte d’un principe supérieur à ceux de la démocratie : la construction d’Eretz-Israël par le peuple juif" [1]

Il faut alors comprendre le rôle d’une officine sioniste comme le CRIF dans sa volonté moins de lutter contre l’antisémitisme que d’user du développement de l’antisémitisme comme une façon d’abord de rassembler l’ensemble des Juifs autour du soutien à l’Etat d’Israël, ensuite d’appeler le monde occidental à soutenir l’Etat d’Israël au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

Ainsi le sionisme qui s’est construit en réaction à l’antisémitisme a besoin de l’antisémitisme pour soutenir sa politique.

On voit ainsi aujourd’hui, comme on l’a déjà vu antérieurement, le CRIF, entouré d’autres organisations juives, appeler à une manifestation de soutien à Israël au moment d’une agression meurtrière contre les habitants de Gaza. Une telle manifestation ne peut que renforcer des sentiments antijuifs et c’est bien ce que cherche le CRIF.

Si une telle manifestation provoque quelques slogans antijuifs dans les rangs de ceux qui manifestent pour soutenir les Palestiniens, ce sera un prétexte de plus pour proclamer que toute manifestation de soutien à la Palestine est une manifestation antisémite. Et le CRIF sait qu’il a le soutien des autorités françaises en la personne du président de la République et du premier ministre. On sait aussi que la Ligue de Défense Juive saura provoquer les incidents nécessaires permettant aux autorités françaises d’interdire les manifestations de soutien à la Palestine sous le prétexte de la préservation de l’ordre public.

On pourrait parler, à propos de l’attitude du CRIF, de nationalisme juif, un nationalisme qui demande à tout Juif de considérer l’Etat d’Israël comme sa vraie patrie et de le soutenir inconditionnellement. Qu’importe alors si ce nationalisme juif provoque de l’antisémitisme, au contraire plus les Juifs craindront l’antisémitisme mieux le nationalisme juif se développera.

La référence à la condition de paria des Juifs d’Europe et aux persécutions antijuives est devenue, pour le sionisme et ses séides, une forme de propagande et en ce sens cette instrumentalisation des persécutions antijuives ne vaut pas mieux que le négationnisme ; que ce soit la négation de la Shoah ou que ce soit l’utilisation d’icelle comme argument de propagande sioniste, c’est la même abjection. C’est cela qu’il faut rappeler au CRIF et à ceux qui, au nom de je ne sais quel philosémitisme, se croient obligés de soutenir les positions du CRIF et la politique israélienne.

[1Ben Gourion cité par Zeev Sterrnhell, Aux origines d’Israël (1996), p. 388


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