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Les libertaires du Yiddishland

dimanche 24 novembre 2013

Jean-Marc Izrine (éditions Alternative Libertaire, 16 euros)

Jean-Marc Izrine est un militant d’Alternative Libertaire de Toulouse et son livre est une réédition considérablement enrichie.

Ce livre est le résultat de recherches très importantes en termes de témoignages, d’illustrations, de documents et il explore un sujet largement délaissé.

À l’heure où sionistes comme antisémites propagent l’image des Juifs banquiers ou du côté des dominants, on découvre un monde de prolétaires essayant de fuir la misère. Ils/elles exercent des « métiers juifs ». Comment cette population au départ très religieuse et à peine sortie des shtetls (littéralement bourgades, villages) a-t-elle pu jouer un rôle aussi essentiel dans le mouvement révolutionnaire et en particulier dans le mouvement libertaire ? Jean-Marc parle de messianisme libertaire. On voit des militant-e-s manifestant devant les synagogues (les rabbins étaient souvent considérés comme des collaborateurs avec les puissants) et blasphémant gaiement.

La lutte des classes traverse le monde juif aussi bien dans les pays d’origine que là où ils émigrent. À Londres dans les sweatshops (ateliers de la sueur), les ouvrier-e-s juifs libertaires affrontent d’odieux patrons anglo-juifs.

Avec Jean-Marc, on fait un tour du monde des pays où le mouvement libertaire juif a été actif et puissant. On découvre le rôle qu’ils ont joué en Bavière ou en Hongrie dans les brèves périodes où existeront des conseils ouvriers. On croise des libertaires connus comme Landauer, Mühsam, Voline (qui jouera un grand rôle dans l’insurrection makhnoviste en Ukraine), Berckman ou Goldman, mais aussi des personnalités juives qui ont été influencées par le mouvement libertaire (Kafka, Benjamin, Buber). Aux Etats-Unis, le journal libertaire en yiddish Freie Arbeiter Stimme (la voix du travailleur libre) existera de 1890 à 1977.

Enfin le livre examine les rapports complexes que les libertaires juifs ont eus avec le sionisme. Cela va d’une franche hostilité à des illusions sur le kibboutz ou sur la possibilité de construire une société émancipée en Israël/Palestine. Aujourd’hui le mouvement anticolonialiste israélien « Les anarchistes contre le mur » a choisi sans référence précise au mouvement libertaire de s’intituler « anarchiste ».

Pierre Stambul


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