Version imprimable de cet article Version imprimable Enregistrer au format PDF


Les associations et syndicats palestiniens s’adressent à l’Union européenne : « Comment pouvez-vous récompenser un système d’apartheid ? »

mardi 28 août 2012

Nous appelons l’Union européenne à remettre en cause, et non à épouser, l’expropriation incessante des terres ainsi que la politique d’asservissement raciale qu’impose Israël au peuple palestinien. Les rapports de l’Union européenne rendent compte, et feignent de déplorer, les politiques d’apartheid d’Israël, et pourtant elle continue à mener des politiques qui les légitiment, comme la revalorisation des relations commerciales récemment actée.

L’archevêque Desmond Tutu avait dit que le régime avec lequel vous souhaitez intensifier les échanges était pire que l’Afrique du Sud de l’apartheid, s’étant lui-même rendu plusieurs fois en Cisjordanie. Mais vous préférez détourner vos yeux et vos oreilles. Ainsi s’exprimait aussi l’ancien député de l’ANC Ronnie Kassrils, et tant d’autres Sud-africains qui ont pu voir l’appareil de contrôle physique et psychologique qu’Israël a mis en place contre nous.

Vous savez très bien ce que nous subissons. Pour ce qui est de la colonisation brutale et illégale de la Cisjordanie, votre rapport du Bureau du représentant de l’Union Européenne (EUREP) à Jérusalem de juillet 2011 révélait :

« des populations juives importantes se sont installées en territoire occupé, en violation de la quatrième convention de Genève et du droit international humanitaire. En 1972, il y avait 1 200 colons, aujourd’hui il y en a 310 000 répartis en 124 colonies et 100 prétendus avant-postes en zone C. Le gouvernement israélien subventionne et offre des incitations à la colonisation, en finançant la construction de logements, l’éducation, des infrastructures telles que des routes particulières et des raccordements à l’eau (…) L’espace municipal occupé par les colonies couvre 9,3% des territoires de Cisjordanie. Cependant, en raison de l’important réseau routier des colons et des restrictions imposées aux Palestiniens pour l’accès à leurs propres terres, la structure des colonies israéliennes domine plus de 40% de la Cisjordanie ».

C’est une politique imposée de ségrégation, d’apartheid. Peut-être n’osez-vous pas utiliser les mots « nettoyage ethnique », en dépit des preuves catégoriques que vous-mêmes avancez :« avant l’occupation israélienne en 1967, la population palestinienne de la vallée du Jourdain était estimée entre 200 000 à 320 000 personnes. En 2009, elle n’était plus que de 56 000 personnes... ». Il s’agit d’un nettoyage ethnique sous sa forme la plus explicite.

« Les colonies de toutes sortes – formelles ou avant-postes informels – sont illégales au regard du droit international », explicitez-vous dans ce rapport.

Cette politique viole l’interdiction des déplacements de populations exercés par une puissance occupante sur un territoire occupé (article 49 de la IV ème Convention de Genève), l’interdiction de l’appropriation de terres et de biens civils privés sans nécessité d’ordre militaire (Règlement 46 de la Convention de la Haye de 1907). L’article 147 de la IV ème Convention de Genève qualifie les déportations et les déplacements de populations passibles de l’article 49, comme de graves infractions du droit international humanitaire.

Alors pourquoi l’UE publie-t-elle des rapports détaillés sur les crimes évidents contre l’humanité commis par Israël – la spoliation à grande échelle de nos terres, en ayant recours aux bulldozers, aux chars et à l’armée pour en chasser notre peuple ? On peut se demander pourquoi de tels rapports sont écrits. On a du mal à comprendre comment, en dépit de vos propres conclusions, vous vous décidez à récompenser l’agresseur !

La principale base juridique sur laquelle vous vous appuyez dans le cadre des relations entre Israël et l’Union Européenne est un « accord d’association » datant de 2000. Dans son article 2, le respect des droits de l’Homme est décrit comme un « élément essentiel » de l’accord, déclarant que « ces relations doivent se fonder sur le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques qui doivent guider la politique interne et internationale ».

Plus de 15 000 colons israéliens juifs se sont ajoutés l’an dernier au nombre actuel de « colons illégaux », qui est de 650 000. Et pourtant ce que vous proposez, c’est un État palestinien sur la base des Bantoustans où nous avons été parqués, sans droit à l’eau, sans liberté réelle de mouvement, sans accès à un espace aérien, maritime et certainement sans aucun droit pour les 6 millions de réfugiés dans le monde, auxquels les pays européens ont continuellement tourné le dos.

Cette revalorisation des relations commerciales avait notamment été gelée à l’origine lorsque l’armée israélienne, quatrième armée au monde, a commis des atrocités au début de l’année 2009 que vous, Union Européenne, ne pouviez pas ignorer, le bain de sang de Gaza, trois semaines d’opérations israéliennes qui ont tué plus de 1 400 personnes (dont 340 enfants), en en blessant 5 300, dans leur immense majorité des civils. Les Palestiniens de Gaza ne s’en sont pas encore remis, la plupart d’entre eux ne s’en remettront sans doute jamais. Pour la majorité de ceux qui ont perdu un ami ou un proche, le traumatisme continue à se manifester à travers les générations, en particulier les plus jeunes.

Puisque l’UE se sent prête à récompenser Israël avec une revalorisation, cela signifie-t-il que justice a été faite et que les auteurs du bain de sang subi par les civils Palestiniens à Gaza ont été punis, et cela suppose-t-il que les droits de l’Homme sont désormais totalement respectés par Israël ?

Vu que vous ne semblez pas lire vos propres rapports, peut-être pouvons-nous vous aider. En plus de la contamination des cultures à grande échelle, un pic de malformations de l’enfant et de cancers a été causé par le recours continuel et illégal à des armes chimiques et au phosphore blanc déversés sur les Palestiniens de Gaza ; malgré nos routes et notre système d’égouts détruits, malgré le fait que l’ONU accuse Israël de « probables crimes de guerre et contre l’humanité », nous ne constatons AUCUNE poursuite devant la Cour pénale internationale, AUCUNE sanction, AUCUNE compensation attendue de la part d’Israël pour les 20 000 maisons, hôpitaux, écoles, commerces, bureaux, endommagés ou détruits, et AUCUN assouplissement effectif des désormais 5 ans de blocus moyenâgeux qui a laissé l’essentiel de notre infrastructure en ruine, en raison des pénuries en matériaux de construction, en béton et en électricité. Israël est en ce moment en train de supplicier collectivement le peuple de Gaza, en violation de l’article 33 de la Convention de Genève, complétant bien ainsi son nombre record de violations de résolutions de l’ONU.

L’aide de l’Europe aux Palestiniens ne les libérera pas de l’oppression politique. La charité n’a jamais aidé un peuple à se libérer du joug colonial. La livraison d’armes à Israël entre en complète contradiction avec cette politique. 11 des 20 plus importants fournisseurs d’armes à Israël sont des Etats-membres de l’UE. L’Allemagne a effectivement vendu 2 sous-marins Dauphins à Israël au moment où il bombardait le Liban en juillet 2006, tuant plus d’un millier de personnes. Dans les trois premiers mois de l’année 2008, la Grande-Bretagne a acté l’exportation d’équipements militaires d’une valeur de 20 millions de livres à Israël, lui offrant l’arsenal qui lui a permis de nous écraser quelques mois plus tard. Dans les ruines de Gaza, lors de l’offensive Plomb durci de 2009, Amnesty International a trouvé des inscriptions « Made in France » sur les composants utilisés sur des missiles Hellfire. Nous sommes sûrs que cela a permis aux principaux exportateurs d’armes européens vers Israël de se faire beaucoup d’argent. Les investissements et la collaboration scientifique européenne en Israël sont encore plus rentables.

Et la boucle est bouclée quand on sait que les dégâts causés aux infrastructures financés par l’UE s’élevaient, lors des bombardements sur Gaza, à 11 millions d’euros. Avant cela, d’août 2001 à novembre 2008, les attaques israéliennes en territoire occupé ont infligé des dégâts d’une valeur de 44 millions d’euros sur les seules infrastructures ayant bénéficié de financements européens. Mustafa Barghouti avait interrogé les députés européens sur la question : « Est-ce que les contribuables européens sont vraiment contents de reconstruire ce dont les contribuables américains ont financé la destruction ? »

Nous ne sommes pas surpris qu’un diplomate européen ait eu du mal à cacher cette immense hypocrisie de l’Union européenne concernant ce nouvel accord commercial : « J’ai été frappé que toute une gamme de relations ait été entamée avec Israël, sur demande d’Israël, comme si rien ne se passait sur le terrain (…) Nous aurions dû utiliser ce dialogue pour obtenir ce que nous voulions, c’est-à-dire le respect par Israël de ses obligations au regard du droit international ».

L’Europe a historiquement accepté qu’Israël écrase le peuple palestinien, ce dès 1948. Avec une brutalité méthodique, nous avons été déracinés, humiliés aux checkpoints, emprisonnés sans motifs d’accusation, on nous a privés de notre héritage et de nos lieux de culte, on nous a privés de notre liberté de mouvement et du droit à voir les membres de notre famille, on nous a privés d’eau et de nos moyens de subsistance, de nos terres fertiles, de notre accès à la mer, de nos rêves de visiter d’autres pays. Et l’Europe n’a fait qu’assister en spectatrice à ce processus. Et Israël a continué. Parce qu’il sait que si l’Europe fait beaucoup de bruit, elle ne tient pas tête à Israël.

Il est temps de lui tenir tête, de résister !

De résister et de se battre pour nos droits humains fondamentaux. Est-ce trop vous demander que d’exiger le respect du minimum attendu en termes de droits de l’Homme dans vos accords avec Israël ? De résister contre les politiques d’occupation, de colonisation et d’apartheid ? Lorsque la justice finira par venir, et que nous vivrons tous comme égaux, et non sous un système d’apartheid qui nous prive de nos droits et de nos maisons, les gens regarderont en arrière, atterrés par le fait que le châtiment collectif imposé à tout un peuple, à une majorité d’enfants, ait pu durer si longtemps, avec la complicité de l’Union Européenne. Il faut résister maintenant, mettre un terme à cet accord commercial avec Israël et se souvenir quand et pourquoi les Européens ont finalement mis la priorité sur les droits de l’Homme, en sanctionnant le régime blanc Afrikaaner en Afrique du Sud. Légitimer l’apartheid était une faute à l’époque, c’en est toujours une maintenant.

Signé par :

- Fédération générale des syndicats de Palestine ;
- Syndicat général des travailleurs des services publics ;
- Syndicat général des travailleurs des services de santé ;
- Syndicat général des travailleurs du gaz et de la pétrochimie ;
- Syndicat général des travailleurs agricoles ;
- Union des comités de femmes ;
- Union des synergies – unités de femmes ;
- Association des enseignants universitaires de Palestine ;
- Campagne des étudiants palestiniens pour le boycott universitaire d’Israël ;
- Groupe pour un seul État démocratique ;

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pc...


Accueil du site | Contact | Plan du site | |

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site L’UJFP en action  Suivre la vie du site En Israël-Palestine   ?

Creative Commons License