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A propos des détracteurs du BDS et de leur quête de respectabilité

lundi 18 juillet 2011

Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël - PACBI

29 juin 2011 - PACBI - traduction : JPP

Prétendre à la neutralité dans cette situation coloniale flagrante où un
côté est si dominant, et essayer de projeter une fausse image de
symétrie entre l’oppresseur et l’opprimé, va plus loin que l’absence de
fondement et la mauvaise conception : c’est moralement suspect.

Dans le contexte de l’application des lignes directrices du mouvement
BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) pour le boycott
universitaire et culturel d’Israël, la campagne palestinienne pour le
boycott culturel et universitaire d’Israël (PACBI) fait face parfois à
des scénarios où les détracteurs du boycott tentent de se racheter une
conscience et avec elle, une certaine raison morale, en utilisant des
Palestiniens ayant quelque valeur de symbole (ou plus rarement d’autres
Arabes) comme couverture, pour dissimuler leur complicité dans les
violations israéliennes du droit international et des droits
palestiniens.

Alors que la réserve de « feuilles de vigne » diminue d’année en année,
grâce au rayonnement impressionnant dans la dernière période de la
conscience collective du BDS chez les Palestiniens et dans le monde
arabe, il y en a encore qui sont prêts à accepter que leur nom soit
manipulé dans des projets politiques cyniques de profanateurs du boycott
international. Lorsque des Palestiniens et des Arabes jouent un tel
rôle, c’est parfois en raison d’un manque de compréhension politique,
mais le plus souvent, c’est avec la volonté de faire passer des intérêts
propres avant les principes soutenus collectivement de résistance à
l’oppression coloniale et à l’apartheid. Dans les années
quatre-vingt-dix et la première moitié de la dernière décennie, de
nombreux Palestiniens ont été attirés par des projets communs avec
l’espoir d’une paix juste et véritable, et attirés aussi parce que des
sommes d’argent apparemment illimitées étaient allouées à de tels
projets communs par les donateurs européens et états-uniens. Au cours
des deux dernières décennies, il est apparu clairement que ces projets
rentraient dans un cadre politique s’attachant d’abord à créer une
illusion de paix chez les Palestiniens - et dans le monde - et à
soudoyer des Palestiniens en les soumettant aux diktats des Israéliens
et à leur hégémonie coloniale permanente. Si une organisation
israélienne voulait obtenir des fonds généreux pour un projet, tout ce
qu’elle avait à faire était d’y inclure un « partenaire » palestinien,
et vice versa. Ces collaborations israélo-palestiniennes ont créé une
couverture parfaite pour la poursuite de la colonisation, de
l’occupation et de l’apartheid israéliens, et elles ont miné le combat
palestinien pour l’autodétermination.

Aujourd’hui, la plupart des projets (1) de normalisation impliquant des
Palestiniens et des Israéliens sont bouclés après s’être révélés comme
totalement vains ou, pire, comme une fraude bien conçue visant à donner
une liberté de manœuvre à Israël dans la poursuite de son projet
colonial sous la couverture de « faire la paix » de la base au sommet,
comme avec les fameux « accords de paix » d’Oslo. Les quelques projets
de normalisation restant peuvent continuer grâce à la persistance de
structures de pouvoir, domination et dépendance créées à travers les
années Oslo.

Un bon exemple en est le Programme McGill pour le Moyen-Orient (PMMO),
programme d’études de l’université canadienne McGill en société civile
et pour le rétablissement de la paix au Moyen-Orient, un projet de
normalisation qui nous reste des beaux jours d’Oslo, et qui doit encore
être dénoncé. Dans le cadre d’un projet commun unique, la prestigieuse
université canadienne a signé des accords séparés avec des institutions
universitaires arabes (l’université An-Najah, l’université Al-Quds et
l’université de Jordanie) et des institutions israéliennes. Le fait que
des représentants des « deux côtés » comme c’est le cas ici, participent
à un même projet avec des objectifs communs, siègent dans les même
commissions du projet, et assistent aux mêmes réunions communes, fait
tomber grandement la couverture d’ « indépendance » et met en lumière la
visée de normalisation de ce projet.

Les institutions palestiniennes impliquées, tout en rejetant
publiquement toute normalisation avec les universités israéliennes, sont
restées actives dans ce projet, voyant apparemment plus les avantages
pour leurs propres institutions à garder ce partenariat en activité que
le mal qu’il fait en sapant le boycott universitaire grandissant contre
Israël et ses institutions complices.

Les Palestiniens ne sont pas les seuls en ce cas. Étant donné les
désastreuses conditions de ressources, la famine, résultant de décennies
de politiques israéliennes, d’occupation, de nettoyage ethnique et
d’apartheid, nous Palestiniens, comme la plupart des autres peuples se
battant pour la décolonisation et l’autodétermination, avons eu notre
part non seulement de ce que nous appelons les feuilles de vignes, mais
aussi de collaborations à un niveau beaucoup plus profond avec les
oppresseurs en échange de petits avantages. Éviter l’idéalisation de
l’opprimé et du combat palestinien est important pour arriver à une
critique rationnelle de ce phénomène aussi vieux que les révolutions à
travers le monde. Comme dans la plupart des autres cas, il y a
généralement des gens qui veulent placer leurs intérêts personnels
au-dessus de ceux de leur communauté. Cependant, l’arbre flétri de
l’opportunisme, voire de la trahison, ne doit jamais cacher la forêt du
consensus autour de la résistance civile palestinienne contre Israël, un
consensus qui est reflété dans la direction de la campagne de boycott,
le comité national du BDS (BNC).

Les universitaires et personnalités culturelles de niveau international,
notamment les groupes de musique, qui tiennent à traverser le piquet de
grève du boycott palestinien alors qu’il leur est demandé par le
mouvement BDS de ne pas le faire, cherchent souvent à organiser des
concerts, des conférences, ou même des visites symboliques dans les
territoires palestiniens occupés - spécialement à Ramallah, Jérusalem et
Bethléhem - comme moyen normal pour essayer d’ « équilibrer » leur
position politique et de se racheter après avoir violé l’appel au
boycott.

En agissant ainsi, ils ajoutent en réalité l’insulte à l’injure, en ce
sens qu’ils demandent alors aux Palestiniens de s’engager dans des
projets de normalisation semblables à ceux de l’ère d’Oslo tels
qu’abordés ci-dessus. Prétendre à la neutralité dans cette situation
coloniale flagrante où un côté est si dominant, et essayer de projeter
une fausse image de symétrie entre l’oppresseur et l’opprimé, va plus
loin que l’absence de fondement et la mauvaise conception : c’est
moralement suspect.

Les musiciens demandent souvent aux organisations palestiniennes
d’organiser une « tournée Palestine ». Certaines organisations
palestiniennes peuvent avec naïveté accepter de telles tournées sans
contrôler d’abord si les musiciens ne violent pas en même temps le
boycott. D’autres organisations peuvent fournir volontairement une
couverture palestinienne à de telles violations du boycott, parce
qu’elles n’ont pas été elles-mêmes capables de surpasser des relations
corruptrices, récupératrices et créatrices de dépendance, ni le discours
de dialogue qui ont prévalu durant ce qu’on a appelé le « processus de
paix » d’Oslo et qui a échoué.

Se débrouiller pour parler à des Palestiniens ici ou là, ou s’associer
avec certaines institutions palestiniennes nulles ou faisant office
délibérément de feuilles de vignes, ne peuvent réduire les dommages
causés par la violation des lignes directrices du boycott, alors que de
telles violations servent d’abord et avant tout à sauver le vernis
fragile de respectabilité d’Israël sur la scène mondiale. Aucune feuille
de vigne, quelle que soit la taille qu’elle peut sembler avoir, ne peut
cacher l’acte de complicité par le blanchiment de l’occupation et de
l’apartheid israéliens auquel ces détracteurs du boycott s’adonnent en
franchissant le piquet de grève.

Un exemple classique en est Leonard Cohen qui, bien qu’à plusieurs
reprises PACBI (2) et des collègues à lui de partout (3) lui aient
demandé d’annuler son concert à Tel Aviv, a persisté et a même accepté
comme premier sponsor du concert une banque israélienne profondément
impliquée dans la construction des colonies israéliennes illégales sur
la terre palestinienne occupée. Après avoir été largement critiqué pour
cette violation flagrante du boycott dirigé par les Palestiniens, Cohen
a recherché un interlocuteur palestinien, un lieu ou une organisation
dont il pourrait se servir pour « équilibrer » et échapper aux
critiques. Cependant, en revêtant le manteau de la « cicatrisation » et
de la « paix » sans dire un mot sur la justice ni les violations par
Israël du droit international, Cohen a échoué à convaincre la moindre
organisation palestinienne de coopérer avec lui (4), restant
désespérément à la recherche d’une feuille de vigne. Ceci, en
conjonction avec les campagnes de pression concertées engagées dans de
nombreux pays (5), qui finalement ont convaincu Amnesty International
d’abandonner son idée de coopérer avec Cohen, l’association devant
diriger les recettes de son concert vers des organisations des « droits
de l’homme » (6).

Autre exemple, celui de l’université de Johannesburg, qui a dû céder aux
énormes pressions (7) d’universitaires sud-africains et a rompu ses
liens avec l’université Ben Gourion et qui, par suite, a essayé de
trouver une université palestinienne prête à s’engager dans une relation
trilatérale quoique indirecte avec l’université Ben Gourion.
L’université de Johannesburg s’est trouvée alors confrontée à un
consensus dans le système académique palestinien - notamment des
fonctionnaires du gouvernement, des présidents d’universités et des
syndicats universitaires - qui a rejeté une telle relation et soutenu
qu’une solidarité sérieuse avec les Palestiniens signifiait aujourd’hui
de rompre les liens avec les institutions israéliennes complices, telle
l’université Ben Gourion, et de respecter les principes du BDS.
Incapable de trouver un tel partenaire palestinien, le conseil de
l’université de Johannesburg a finalement annulé son projet commun avec
Ben Gourion (8).

Plus récemment, Shakira (auteure-compositrice-interprète colombienne) a
essayé de faire de même, en utilisant son statut d’ambassadrice de bonne
volonté de l’UNICEF pour arranger une visite dans une ONG palestinienne
dans Jérusalem occupée afin d’« équilibrer » avec sa participation
honteuse à une initiative officielle de propagande israélienne, à
l’invitation du président israélien, Shimon Peres. Le rôle bien connu de
Peres dans les innombrables crimes et violations du droit international
perpétrés par Israël dans les territoires palestiniens occupés et au Sud
Liban est indéniable (9). L’ONG palestinienne ciblée a annulé la venue
de Shakira au dernier moment quand elle a réalisé comment celle-ci avait
violé le boycott, et que lui fournir un alibi palestinien nuirait au
combat du mouvement pacifique du BDS pour la liberté, la justice et
l’égalité.

Bien sûr, aucune société ne pourra jamais être monolithique ou n’avoir
qu’une opinion unique. Malgré la persistance d’artistes, musiciens et
autres professionnels internationaux de la culture à vouloir casser le
boycott, et malgré la volonté d’un nombre qui se réduit de Palestiniens
à continuer de servir de feuilles de vigne quand ils sont sollicités
pour le faire, c’est l’écrasante majorité des Palestiniens, par
l’intermédiaire de leurs organisations et syndicats représentatifs, qui
a fait siens le BDS et ses lignes directrices. Il est temps que les
écrivains, universitaires, artistes et autres, de dimension
internationale, commencent à écouter la voix de cette immense majorité
(*) et à respecter notre combat pour la liberté et la justice en, à tout
le moins, s’abstenant de miner nos principes du boycott.

Il s’agit là d’une obligation morale fondamentale que le monde, dans sa
grande majorité, a honorée pendant le combat contre l’apartheid
sud-africain et se doit, sans relâche, de tout autant honorer dans notre
cas aussi.

Notes :
[1] http://pacbi.org/etemplate.php?id=1220
[2] http://www.pacbi.org/etemplate.php?...
[3] http://pacbi.org/etemplate.php?id=1009
[4] http://www.pacbi.org/etemplate.php?...
[5] http://pacbi.org/etemplate.php?id=1069
[6] http://pacbi.org/etemplate.php?id=1080
[7] http://www.ujpetition.com/
[8] http://pacbi.org/etemplate.php?id=1532
[9] http://pacbi.org/etemplate.php?id=833

Voir dernièrement :
(*) - Jello Biafra annule son concert en Israël


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